Créer une entreprise de machines à Genève ne demande aucune autorisation d’exercer, mais chaque machine que vous construisez, importez, reconditionnez ou revendez engage la responsabilité de votre société. En Suisse, le marquage CE n’est pas exigé ; la conformité aux exigences de la directive européenne sur les machines, reprise par l’ordonnance sur les machines (OMach), l’est. De l’autre côté de la frontière, le marquage CE est obligatoire.
Pour un atelier genevois qui achète en France voisine et vend des deux côtés, cette asymétrie structure le métier. RISTER® vous présente les obligations qui en découlent, du rôle de la société jusqu’à l’installation de l’atelier en zone industrielle.
Sommaire
- Une machine, deux marchés : l’asymétrie du marquage CE
- Constructeur, importateur, réparateur : le rôle de votre société
- Ce que la conformité exige concrètement
- L’échéance du 20 janvier 2027
- Installer une entreprise de machines à Genève : zone, plans et Suva
- Acheter en France, vendre en Suisse
- Qui contrôle vos machines
- Les erreurs fréquentes
Une machine, deux marchés : l’asymétrie du marquage CE
Une entreprise de machines genevoise travaille avec deux régimes voisins mais distincts. Côté suisse, le SECO est catégorique : « Le marquage CE n’est pas exigé en Suisse. » Côté européen, l’apposition du marquage CE est la condition de la mise sur le marché, et elle « incombe au fabricant ou à son mandataire ».
Ce qui relie les deux, c’est le contenu technique. L’OMach ne crée pas de règles propres : elle « règle la mise sur le marché et la surveillance du marché des machines, telles que les entend la directive 2006/42/CE » (art. 1 OMach), et exige que chaque machine satisfasse aux exigences de cette directive (art. 2 OMach). L’accord de reconnaissance mutuelle entre la Suisse et l’Union européenne, qui facilite les échanges depuis 2002 et couvre notamment les machines, permet ensuite à une machine conforme de circuler dans les deux sens.
La conséquence pratique pour un créateur genevois est simple : construisez et documentez vos machines selon la directive dès le départ, et apposez le marquage CE dès qu’un client se trouve dans l’Union européenne. Une machine « conforme pour la Suisse seulement » n’existe pas.
Constructeur, importateur, réparateur : le rôle de votre société
Vos obligations dépendent de la place que votre société occupe dans la chaîne. L’OMach rattache des obligations spécifiques au fabricant, au mandataire, à l’importateur, au distributeur et au prestataire de services d’exécution des commandes (art. 4a OMach). La loi sur la sécurité des produits (LSPro) ajoute une définition élargie du producteur.
| Votre activité | Qualification | Conséquence |
|---|---|---|
| Vous concevez et construisez des machines | Fabricant | Conformité, dossier technique, déclaration de conformité, notice |
| Vous vendez sous votre nom ou votre marque des machines fabriquées par un tiers | Producteur (art. 2 al. 4 let. a LSPro) | Mêmes obligations que le fabricant |
| Vous représentez en Suisse un constructeur établi à l’étranger | Producteur (art. 2 al. 4 let. b LSPro) | Preuve de la conformité à apporter |
| Vous reconditionnez des machines ou modifiez leurs caractéristiques de sécurité | Producteur (art. 2 al. 4 let. c LSPro) | La machine modifiée est une nouvelle mise sur le marché |
| Vous importez ou distribuez sans modifier | Importateur ou distributeur | Obligations subsidiaires (art. 3 al. 6 LSPro) |
Deux précisions valent pour de nombreux ateliers genevois. La loi vise la remise d’un produit « neuf, d’occasion, reconditionné ou profondément modifié » (art. 2 al. 3 LSPro) : le négoce de machines d’occasion n’échappe pas au cadre. Et l’usage en propre d’un produit à des fins professionnelles est assimilé à une mise sur le marché, tandis que la mise en service d’une machine vaut mise sur le marché lorsqu’il n’y en a pas eu auparavant (art. 2 al. 2 OMach) : la machine spéciale que vous construisez pour votre propre production est concernée.
Ce que la conformité exige concrètement
La conformité d’une machine se démontre par des documents, pas par une affirmation. Quiconque met un produit sur le marché doit être en mesure d’apporter la preuve qu’il est conforme aux exigences essentielles de santé et de sécurité (art. 5 LSPro), et l’OMach renvoie aux exigences de la directive sur l’évaluation de la conformité, la déclaration de conformité, le marquage et la notice d’instructions.
- Une analyse des exigences et des risques, fondée sur les normes techniques que le SECO désigne pour concrétiser les exigences essentielles (art. 3 OMach). Une machine construite selon ces normes est présumée conforme.
- Un dossier technique selon l’annexe VII de la directive, conservé et produit sur demande de l’autorité.
- Une procédure d’évaluation de la conformité selon l’art. 12 de la directive, qui passe pour certaines machines par un organisme tiers. La Suva est accréditée comme organisme d’évaluation de la conformité et notifiée auprès de l’Union européenne sous le numéro 1246.
- Une déclaration de conformité selon l’annexe II, et une notice d’instructions accompagnant la machine.
Conseil RISTER
Rattachez chaque machine vendue à un numéro de dossier technique dans votre comptabilité et vos archives. Le Code des obligations impose de conserver les pièces comptables ; la LSPro vous impose de prouver la conformité. Un même classement par machine répond aux deux exigences et vous évite de reconstituer un dossier le jour où l’autorité le demande.
L’échéance du 20 janvier 2027
À partir du 20 janvier 2027, le règlement (UE) 2023/1230 sur les machines remplace la directive 2006/42/CE dans l’Union européenne. Pour une entreprise genevoise qui vend en France, la date s’applique sans discussion ; pour le marché suisse, le Conseil fédéral a ouvert le 19 septembre 2025 la consultation sur une révision totale de l’OMach afin de maintenir la libre circulation des machines avec l’Union européenne.
Le projet suisse soumet six catégories de machines, parmi lesquelles les ponts élévateurs pour véhicules, à une évaluation de la conformité par un organisme tiers, et intègre l’apprentissage automatique et la robotique. L’OMach en vigueur a déjà été adaptée sur un point : depuis le 20 janvier 2024, les organismes qui évaluent selon le nouveau règlement doivent être accrédités et en remplir les exigences (art. 4 al. 1bis OMach).
Important
Une machine doit être conforme au droit applicable au jour de sa mise sur le marché. Pour tout projet livré après janvier 2027, concevez selon le règlement 2023/1230, et vérifiez le texte suisse en vigueur avant la première livraison en Suisse. En cas de doute sur la catégorie de votre machine, consultez un organisme accrédité avant d’engager la fabrication.
Machines et mécanique à Genève
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Qualification du rôle de la société, rédaction du but social, constitution, contrats d’approvisionnement avec les fournisseurs étrangers, TVA à l’importation, comptabilité analytique par machine et salaires de l’atelier : RISTER® organise la partie administrative et financière de votre entreprise, en coordination avec vos ingénieurs et vos conseils techniques.
Parler de votre projet
Fiduciaire établie à Genève, 25 ans d’expérience.
Installer une entreprise de machines à Genève : zone, plans et Suva
Un atelier de construction ou de réparation de machines s’installe à Genève dans une zone industrielle ou d’activités ; la Fondation pour les terrains industriels de Genève (FTI), qui recense 68 zones industrielles et écoParcs, reçoit les demandes de surfaces des entreprises. Avant de signer, vérifiez si votre activité impose de faire approuver les plans.
Cette procédure ne concerne pas seulement les entreprises industrielles. L’ordonnance 4 relative à la loi sur le travail y soumet notamment les fonderies de fer, d’acier et d’autres métaux, le façonnage de fers et le traitement de surfaces : zingueries, ateliers de trempe, galvanoplastie, anodisation (art. 1 al. 2 OLT 4). À Genève, l’examen est conduit par l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT), qui rend une décision d’aménager avec l’avis de la Suva, puis délivre l’autorisation d’exploiter après une visite d’entrée en exploitation.
Deux règles fédérales complètent le tableau. Les travailleurs des entreprises qui travaillent avec des machines le métal, le bois, les matières synthétiques, la pierre ou le verre sont assurés obligatoirement contre les accidents auprès de la Suva (art. 66 al. 1 let. e LAA). Et dès que six travailleurs sont occupés à des activités déterminées par des machines ou des opérations en série, le canton peut assujettir l’atelier au statut d’entreprise industrielle, avec une durée maximale de travail de 45 heures par semaine (art. 5 et 9 LTr).
Acheter en France, vendre en Suisse
Importer une machine ou des composants depuis la France ne coûte plus de droits de douane : depuis le 1er janvier 2024, la Suisse les a supprimés pour tous les produits industriels, quelle que soit leur origine. La TVA à l’importation reste due, au taux normal de 8,1 %, et votre société la récupère comme impôt préalable si elle est assujettie. Notre article sur les droits de douane en Suisse détaille les formalités.
- Documents à exiger du fournisseur : déclaration de conformité, notice d’instructions et accès au dossier technique, avant la livraison et non après.
- Origine : la preuve d’origine n’est plus nécessaire pour ce qui reste en Suisse, mais elle reste requise pour la réexportation et le cumul d’origine.
- Vente directe par un constructeur étranger : un fournisseur établi en France qui livre et installe des machines chez des clients genevois peut devoir s’immatriculer à la TVA suisse et désigner un représentant fiscal, comme l’explique notre article sur la représentation fiscale en Suisse.
Si vous fabriquez à Genève pour vendre sous l’indication « Swiss made », la loi exige qu’au moins 60 % du coût de revient soit généré en Suisse (art. 48c LPM) : les composants achetés en France n’y entrent pas. Les critères sont repris dans notre article sur le label Swiss made.
Qui contrôle vos machines
Après la mise sur le marché, la surveillance est répartie entre plusieurs organes : la Suva pour les machines utilisées dans les entreprises, le Bureau de prévention des accidents pour celles utilisées hors des entreprises, et la fondation agriss pour l’agriculture et l’horticulture. Les interdictions, limitations et retraits de machines sont publiés dans la Feuille fédérale (art. 5 OMach).
Si vos machines peuvent être utilisées par des consommateurs, par exemple des outils d’atelier ou des équipements de jardin, la LSPro vous impose en plus de surveiller les risques, d’assurer la traçabilité, d’examiner les réclamations et d’informer immédiatement l’organe d’exécution compétent si un risque apparaît, avec les mesures prises : mise en garde, interruption de la vente, retrait ou rappel (art. 8 LSPro).
Les erreurs fréquentes
La première est de vendre en Suisse une machine sans déclaration de conformité au motif que le marquage CE n’y est pas exigé.
La deuxième est de revendre sous sa propre marque, ou de représenter un constructeur étranger, sans se considérer comme producteur.
La troisième est de moderniser une machine d’occasion, en changeant sa commande ou ses protections, sans mesurer qu’on devient producteur de la machine modifiée.
La quatrième est d’installer une activité de trempe, de galvanoplastie ou de façonnage de fers dans un local dont les plans n’ont pas été soumis à l’OCIRT.
La cinquième est de revendiquer le Swiss made pour des machines dont les principaux composants viennent de l’autre côté de la frontière.
FAQ : créer une entreprise de machines à Genève
Une machine achetée en France avec le marquage CE peut-elle être vendue à Genève ?
Oui, si elle satisfait aux exigences de la directive européenne sur les machines, que l’ordonnance suisse sur les machines reprend. Le marquage CE n’est pas exigé en Suisse, mais la conformité l’est, et celui qui la met sur le marché doit pouvoir la prouver. Exigez donc du fournisseur la déclaration de conformité, la notice et l’accès au dossier technique.
Faut-il le marquage CE pour vendre en France une machine fabriquée à Genève ?
Oui. Dans l’Union européenne, le marquage CE est la condition de la mise sur le marché, et son apposition incombe au fabricant ou à son mandataire. L’accord de reconnaissance mutuelle entre la Suisse et l’Union européenne, en vigueur depuis 2002, couvre les machines et facilite ces échanges.
Un atelier qui reconditionne des machines d’occasion a-t-il des obligations ?
Oui. La loi sur la sécurité des produits vise les produits neufs, d’occasion, reconditionnés ou profondément modifiés, et considère comme producteur celui qui reconditionne un produit ou en modifie les caractéristiques de sécurité. L’atelier doit alors pouvoir démontrer que la machine présente un risque nul ou minime dans des conditions d’utilisation normales ou raisonnablement prévisibles.
Un atelier mécanique genevois doit-il faire approuver ses plans ?
Oui s’il est assujetti au statut industriel, et également, même non industriel, s’il exploite une fonderie, fait du façonnage de fers ou traite des surfaces (trempe, galvanoplastie, anodisation), selon l’art. 1 al. 2 OLT 4. À Genève, l’OCIRT examine les plans, rend une décision d’aménager avec l’avis de la Suva, puis délivre l’autorisation d’exploiter après une visite.
Qu’est-ce qui change pour les machines le 20 janvier 2027 ?
Le règlement (UE) 2023/1230 remplace la directive 2006/42/CE dans l’Union européenne. En Suisse, le Conseil fédéral a mis en consultation le 19 septembre 2025 une révision totale de l’ordonnance sur les machines, qui prévoit une évaluation par un organisme tiers pour six catégories de machines et intègre l’apprentissage automatique et la robotique.
Quel assureur-accidents pour une entreprise de machines à Genève ?
La Suva, obligatoirement. La loi sur l’assurance-accidents y assure les travailleurs des entreprises qui travaillent avec des machines le métal, le bois, le liège, les matières synthétiques, la pierre ou le verre, ainsi que ceux des entreprises industrielles et des fonderies (art. 66 LAA). Le choix d’un assureur privé n’est pas ouvert pour ces entreprises.
Sources
- Ordonnance sur la sécurité des machines (OMach, RS 819.14), art. 1 à 5 et 4a
- Loi fédérale sur la sécurité des produits (LSPro, RS 930.11), art. 2, 3, 5 et 8
- SECO, Accord de reconnaissance mutuelle Suisse-UE
- SECO, Machines
- Suva, Conformité CE pour les machines et les produits
- Conseil fédéral, communiqué du 19 septembre 2025
- État de Genève, Comment faire examiner et valider ses plans par l’OCIRT
- Loi fédérale sur l’assurance-accidents (LAA, RS 832.20), art. 66
Conclusion
Créer une entreprise de machines à Genève, c’est d’abord identifier le rôle de sa société : fabricant, producteur sous sa marque, représentant d’un constructeur étranger, reconditionneur ou simple distributeur. De ce rôle découlent la preuve de conformité, le dossier technique et le marquage CE exigé pour vendre en France. L’atelier, lui, doit trouver sa place en zone industrielle et, selon ses procédés, faire approuver ses plans par l’OCIRT, pendant que l’échéance du 20 janvier 2027 impose de concevoir selon le nouveau règlement européen.
RISTER – Fiduciaire à Genève constitue votre société dans le cadre de notre service de création de société à Genève, en suivant les étapes de notre guide de la création d’une société à Genève, puis tient la comptabilité, les salaires et la fiscalité de votre atelier. Pour en parler, contactez-nous.


