Les fondateurs qui veulent créer une entreprise de crypto-monnaie à Genève, qu’il s’agisse d’un exchange, d’un service de garde ou d’un guichet de change, ouvrent presque toujours sur la même question : comment obtenir la licence crypto suisse ? Elle n’existe pas. La Suisse n’a jamais créé de licence crypto, de licence d’échange ni de licence VASP, et aucune autorité ne délivre un tel document. Ce qu’elle a, ce sont des régimes attachés à des activités, et tout le projet dépend de celui dans lequel l’entreprise tombe. Cette qualification bien posée, le reste relève de l’ingénierie. Mal posée, elle coûte une autorisation qui ne couvre pas ce que vous faites.
Sommaire
- La question à poser à la place
- La grille : six activités, six régimes
- La plupart des projets relèvent d’un OAR, pas de la FINMA
- L’autorisation FinTech et ce qu’on ne vous dit pas
- Si vous exploitez réellement une plateforme
- La garde des cryptos des clients, et la faillite
- Les obligations qui commencent dès le premier client
- Genève, et ce qu’il faut pour y ouvrir un compte
- FAQ
La question à poser à la place
« De quelle licence avons-nous besoin ? » suppose un catalogue dans lequel choisir. Le droit suisse ne fonctionne pas ainsi : il décrit des activités, et chaque description emporte sa conséquence en matière de surveillance. La question qui fait réellement avancer un projet est donc plus étroite, et plus inconfortable : que fait exactement la société d’actifs qui appartiennent à quelqu’un d’autre ?
Les détient-elle ? Les transfère-t-elle ? Les échange-t-elle contre de la monnaie fiat ? Passe-t-elle des ordres à son propre nom pour le compte d’un client ? Les accepte-t-elle en dépôt ? Apparie-t-elle les ordres de tiers entre eux ? Chacun de ces verbes mène ailleurs, et plusieurs peuvent s’appliquer simultanément.
Les pages qui dominent la recherche anglophone sur ce thème sont écrites par des cabinets installés hors de Suisse et vendent un processus unique en étapes numérotées. L’une des recherches associées porte même la mention « crypto license switzerland for sale ». Une autorisation de la FINMA est pourtant délivrée à un établissement nommé pour une activité définie, et tout changement de contrôle est examiné. Ce n’est pas un certificat qui change de mains avec une société.
La grille : six activités, six régimes
| Ce que fait la société | Régime | Qui décide |
|---|---|---|
| Détient, transfère ou échange des actifs de clients | Loi sur le blanchiment d’argent | Un organisme d’autorégulation |
| Négocie des valeurs mobilières en son nom propre pour des clients | Maison de titres, LEFin | FINMA |
| Accepte dépôts ou cryptoactifs désignés jusqu’à 100 millions, sans les investir ni les rémunérer | Autorisation FinTech, art. 1b LB | FINMA |
| Accepte davantage de dépôts, ou les investit ou les rémunère | Licence bancaire | FINMA |
| Exploite une plateforme multilatérale de valeurs mobilières TRD | Système de négociation fondé sur la TRD, art. 73a LIMF | FINMA |
| Accepte au total un million de francs au plus en dépôts ou en cryptoactifs de paiement gardés en commun | Espace d’innovation (art. 6 OB) | Personne, mais information écrite obligatoire |
Sources : LB, OB, LEFin, LIMF et LBA (RS 952.0, 952.02, 954.1, 958.1 et 955.0), textes consolidés en vigueur.
Deux choses à retenir de ce tableau. La première ligne n’est pas une autorisation de la FINMA, et c’est là que tombent la plupart des projets. Et les régimes se superposent : un titulaire d’autorisation FinTech est aussi un intermédiaire financier au sens de la loi sur le blanchiment, de sorte que les obligations s’additionnent au lieu de se remplacer.
La plupart des projets relèvent d’un OAR, pas de la FINMA
La loi sur le blanchiment attrape quiconque, à titre professionnel, accepte, garde en dépôt ou aide à placer ou transférer des valeurs patrimoniales appartenant à des tiers. Elle détaille ensuite des cas, dont deux visent presque automatiquement les activités crypto : fournir des services dans le trafic des paiements, notamment par virements électroniques pour le compte de tiers, et faire le commerce, pour son propre compte ou celui de tiers, de devises, d’instruments du marché monétaire, de métaux précieux, de matières premières ou de valeurs mobilières et de leurs dérivés. La conservation et la gestion de valeurs mobilières sont également couvertes.
Être visé signifie s’affilier à un organisme d’autorégulation, qui surveille ensuite votre diligence. Cela ne signifie pas déposer auprès de la FINMA. Les prestataires qui annoncent un prix unique pour « OAR ou FINMA » n’ont pas fait la distinction, et ce n’est pas un détail : les deux voies diffèrent par le coût, la durée, la documentation et les conséquences.
Depuis le 1er octobre 2026, la même loi atteint une troisième catégorie, les conseillers, ce qui modifie le paysage autour de vous : les prestataires qui mettent une adresse à disposition d’une société pour plus de six mois entrent désormais dans son champ.
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L’autorisation FinTech et ce qu’on ne vous dit pas
L’article 1b de la loi sur les banques applique par analogie les règles bancaires aux entreprises principalement actives dans le secteur financier qui acceptent des dépôts du public jusqu’à 100 millions de francs, ou des cryptoactifs désignés par le Conseil fédéral, et qui ne les investissent ni ne les rémunèrent. Les deux branches doivent tenir : dès que les avoirs des clients sont investis, le régime tombe.
Il exige également un champ d’activité précisément défini avec l’organisation correspondante, une gestion des risques adéquate, un contrôle interne efficace couvrant la compliance, des ressources financières adéquates, et une direction jouissant d’une bonne réputation et offrant toutes les garanties d’une activité irréprochable.
Deux caractéristiques ne figurent presque jamais chez ceux qui vendent cette autorisation, et toutes deux sont structurelles.
Aucune garantie des dépôts. Les dispositions sur les dépôts privilégiés et le remboursement immédiat ne s’appliquent pas aux avoirs détenus sous ce régime, et les clients doivent en être informés avant de déposer. Obligation légale, à intégrer au parcours d’entrée en relation, et non simple mention dans des conditions générales.
La croissance est chronométrée. Franchissez les 100 millions et vous devez l’annoncer à la FINMA dans les dix jours, puis déposer une demande d’autorisation bancaire dans les 90 jours. Le compte à rebours part du franchissement, pas de la clôture. Une plateforme qui monte vite peut se retrouver dans une demande bancaire qu’elle n’avait pas planifiée.
Si vous exploitez réellement une plateforme
Le système de négociation fondé sur la TRD est une organisation exploitée à titre professionnel, destinée à la négociation multilatérale de valeurs mobilières fondées sur la TRD, visant l’échange simultané d’offres entre plusieurs participants et la conclusion de contrats selon des règles non discrétionnaires, et remplissant au moins une de trois conditions : admettre les participants visés par la loi sur l’infrastructure des marchés financiers, assurer la conservation centralisée de ces valeurs selon des règles et procédures communes, ou en compenser et régler les opérations selon des règles et procédures communes.
« Au moins une » est la formule qui piège. La conservation seule suffit. Un projet qui propose la garde en repoussant le moteur de négociation à une phase ultérieure peut déjà relever du régime dès le premier jour. L’exercice à titre professionnel se définit largement, comme toute activité économique indépendante exercée en vue d’un revenu régulier : il n’existe pas d’exemption pour les petites plateformes.
La garde des cryptos des clients, et la faillite
Une plateforme genevoise qui détient les cryptoactifs de ses clients doit pouvoir répondre à une question avant toute autre : que deviennent-ils si la société tombe ? Depuis le 1er août 2021, la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite permet au client de les revendiquer, si la société s’est engagée à les tenir à sa disposition à tout moment et s’ils lui sont attribués individuellement, ou attribués à un ensemble dans lequel sa part est clairement déterminée (art. 242a al. 2 LP).
La plupart des plateformes travaillent avec des portefeuilles communs, et la loi l’admet. Ce qui protège les clients n’est pas la technique de stockage mais la tenue des comptes : un registre qui établit, à la date de la faillite, la part de chacun. Sans lui, les clients rejoignent la masse des créanciers. En cas de contestation, le délai pour saisir le tribunal du for de la faillite est de 20 jours, et le client avance les frais de restitution (art. 242a al. 3 et 4 LP).
Garder pour autrui a aussi une conséquence réglementaire. Les cryptoactifs utilisés comme moyens de paiement et gardés en dépôt collectif entrent dans le régime FinTech au-delà d’un million de francs, sauf s’il s’agit de soldes non rémunérés servant uniquement à exécuter les opérations des clients auprès d’une maison de titres ou d’un système de négociation TRD, ou auprès d’un gérant de fortune ou d’une entreprise analogue lorsque l’exécution intervient dans les 60 jours (art. 5a al. 2 OB).
Les obligations qui commencent dès le premier client
Quel que soit le régime, un chiffre gouverne l’exploitation. L’intermédiaire financier doit vérifier l’identité du cocontractant lorsqu’une transaction en monnaie virtuelle, ou plusieurs transactions paraissant liées entre elles, atteignent ou excèdent 1 000 francs, hors relation d’affaires durable.
Et lorsque des espèces ou d’autres instruments de paiement anonymes sont acceptés pour l’achat ou la vente de monnaies virtuelles, l’intermédiaire doit prendre des mesures techniques pour éviter que ce seuil soit dépassé dans les 30 jours par des transactions liées. C’est de la surveillance intégrée au produit, et c’est une lacune fréquente chez les plateformes conçues à l’étranger puis transposées en Suisse.
Genève, et ce qu’il faut pour y ouvrir un compte
Zoug occupe le devant de la scène blockchain, à juste titre. Genève propose autre chose, et pour certains projets de plus utile : une place financière où la banque privée, la gestion de fortune, leurs auditeurs et leurs avocats traitent depuis des générations de la conservation, de la valorisation et des clients transfrontaliers. Si votre projet est plus proche de la gestion d’actifs que de l’ingénierie de protocole, cette proximité vaut mieux qu’un label. Notre guide sur la création d’une société de gestion de fortune à Genève traite du statut voisin, et le choix du canton mérite une réponse réfléchie, comme l’explique notre guide sur le fait de domicilier son entreprise en Suisse.
Sur la société elle-même, la démarche figure dans notre guide de la création d’une société à Genève et, pour un fondateur non résident, dans la checklist pour créer une société à Genève en tant qu’étranger. Le capital peut être libéré par apport en nature, y compris en cryptomonnaies, mais la procédure est formelle : il faut évaluer l’apport, le documenter et le soumettre au registre du commerce, la date de valorisation et les modalités de conservation étant les points qui appellent des questions.
Le véritable obstacle reste le compte bancaire. Les banques suisses appliquent une diligence renforcée aux entreprises blockchain, et l’Association suisse des banquiers a publié un guide à l’intention de ses membres. Ce qui fonctionne : une origine des fonds documentée, une chaîne de détention transparente, un dispositif de conformité qui existe avant la demande, et une substance genevoise réelle. Préparez cette discussion en parallèle de la constitution, en vous appuyant sur notre guide pour ouvrir un compte bancaire en Suisse. La TVA et la comptabilité des flux en actifs numériques suivent leur propre logique : voir l’assujettissement à la TVA et la comptabilité d’entreprise en Suisse.
FAQ : société crypto à Genève et en Suisse
La Suisse délivre-t-elle une licence crypto ?
Non. Aucune loi fédérale ne crée de licence crypto, d’échange ou VASP. Selon l’activité, l’entreprise s’affilie à un organisme d’autorégulation au titre de la loi sur le blanchiment, ou sollicite de la FINMA une autorisation FinTech, une autorisation de maison de titres, une licence bancaire ou une autorisation de système de négociation fondé sur la TRD. Plusieurs régimes peuvent s’appliquer en même temps.
OAR ou FINMA : quelle différence ?
L’organisme d’autorégulation surveille le respect des obligations de lutte contre le blanchiment de ses affiliés ; il ne délivre aucune autorisation d’exercer une activité financière réglementée. La FINMA autorise des activités définies comme l’autorisation FinTech ou la maison de titres. Coût, durée et conséquences diffèrent, et certains projets relèvent des deux.
Les avoirs des clients sont-ils garantis sous le régime FinTech ?
Non. Ni les dépôts privilégiés ni le remboursement immédiat ne s’appliquent aux avoirs détenus au titre de l’article 1b de la loi sur les banques, et le déposant doit être informé de cette restriction avant de déposer. Le régime exige par ailleurs que les avoirs ne soient ni investis ni rémunérés.
Offrir seulement la conservation fait-il de nous une plateforme réglementée ?
Cela peut suffire. Le régime exige au moins une de trois conditions, et la conservation centralisée de valeurs mobilières fondées sur la TRD selon des règles communes en fait partie. Les conditions étant alternatives, une offre de garde lancée avant le moteur de négociation peut déjà y être soumise.
Quel montant déclenche l’identification d’un client en cryptomonnaie ?
Mille francs, pour une transaction ou plusieurs paraissant liées entre elles, hors relation d’affaires durable. Lorsque des espèces ou d’autres moyens de paiement anonymes sont acceptés, des mesures techniques doivent empêcher le dépassement de ce seuil dans les 30 jours par des transactions liées.
Peut-on constituer une société genevoise avec un apport en cryptomonnaies ?
Oui, sous forme d’apport en nature : l’apport est évalué, documenté puis contrôlé par le registre du commerce. La date de valorisation, les modalités de conservation et la liquidité de l’actif sont les points examinés, et la procédure se prépare en amont du passage chez le notaire.
Sources
- Loi sur les banques (RS 952.0), art. 1b
- Loi sur le blanchiment d’argent (RS 955.0), art. 2
- Ordonnance de la FINMA sur le blanchiment d’argent (RS 955.033.0), art. 51a
- Loi sur l’infrastructure des marchés financiers (RS 958.1), art. 73a
- Loi sur la poursuite pour dettes et la faillite (RS 281.1), art. 242a
- Ordonnance sur les banques (RS 952.02), art. 5a et 6
- FINMA, types d’autorisation
Conclusion
Il n’y a pas de licence crypto suisse à acheter, et les projets qui réussissent ici sont ceux qui l’admettent tôt. Décrivez précisément ce que la société fait des actifs de ses clients, placez-la dans le bon régime, puis construisez : un organisme d’autorégulation dans la majorité des cas, l’autorisation FinTech, plafonnée à 100 millions et sans garantie des dépôts, pour d’autres, système de négociation fondé sur la TRD dès lors que la conservation centralisée est offerte. Tenez ensuite les obligations quotidiennes, à commencer par le seuil de 1 000 francs et sa surveillance sur trente jours. RISTER® constitue et administre la société genevoise qui porte le projet, tient sa comptabilité, sa TVA et son siège, et travaille avec votre conseil réglementaire pour que le dossier présenté repose sur une société déjà solide.



