Créer une société d’asset management immobilier à Genève : quand la FINMA intervient, fonds immobiliers, Lex Koller et LBA

par | 6 Nov, 2026

L’asset management immobilier à Genève attire des gérants venus de Paris, de Londres ou de Dubaï, souvent avec un premier client déjà en main. La question qui décide de la structure à créer est simple : gérerez-vous des immeubles ou des instruments financiers ? Les immeubles détenus en direct par votre mandant ne figurent pas dans la liste de l’art. 3 let. a LSFin, et leur gestion échappe, d’après le texte de la loi, au régime de la gestion de fortune. Une SICAV ou un fonds immobilier vous fait passer sous la surveillance directe de la FINMA. Entre les deux, la Lex Koller de vos investisseurs étrangers et la loi sur le blanchiment fixent les limites de votre mandat.

Asset management immobilier à Genève et métiers voisins

Faire de l’asset management immobilier à Genève, c’est décider pour le propriétaire : quel immeuble acheter, lequel céder, quels travaux engager, quel rendement viser. L’exécution quotidienne revient à d’autres professionnels, et la confusion entre ces rôles mène souvent à un but social mal rédigé.

Métier Ce qu’il fait Ce qui le régit d’abord
Asset manager immobilier Stratégie du parc, arbitrages, pilotage de la régie Le mandat ; la FINMA seulement si des instruments financiers ou un placement collectif entrent en jeu
Régie Baux, loyers, état des lieux, entretien courant Le droit du bail ; traité dans un autre article de notre série
Promoteur Achat de terrain, construction, vente des lots Autorisations de construire ; voir notre guide sur la société de promotion immobilière à Genève
Gestionnaire de fortune Gestion de portefeuilles de titres Autorisation FINMA ; voir notre article sur la société de gestion de fortune à Genève

Source : LSFin art. 3, LEFin art. 17 et 24, LPCC art. 13.

À Genève, un asset manager qui recommande de rénover un immeuble d’habitation doit aussi compter avec la LDTR : « Une autorisation est nécessaire pour toute transformation ou rénovation au sens de l’article 3, alinéa 1 » (art. 9 al. 1 LDTR). Le calendrier d’un plan de travaux en dépend.

Immeubles en direct : la lecture de la LSFin

Le droit financier suisse ne réglemente pas la gestion d’immeubles en tant que telle. Il réglemente la gestion d’instruments financiers. La LSFin qualifie de service financier « la gestion d’instruments financiers (gestion de fortune) » (art. 3 let. c ch. 3), puis dresse une liste fermée de ces instruments : actions et titres assimilés, titres de créance, parts de placements collectifs, produits structurés, dérivés, certains dépôts, obligations (art. 3 let. a).

Un immeuble inscrit au registre foncier au nom de votre mandant n’entre dans aucune de ces catégories. Le gestionnaire de fortune de la LEFin est celui qui dispose des valeurs patrimoniales de ses clients « au sens de l’art. 3, let. c, ch. 1 à 4 LSFin » (art. 17 al. 1 LEFin). D’après le texte de la loi, la gestion stratégique d’immeubles détenus en direct ne relève donc pas de l’autorisation de gestionnaire de fortune.

Important

Il s’agit d’une lecture du texte de la loi, pas d’une position publiée par la FINMA sur ce point précis. Si votre mandat mêle immeubles, parts de fonds et liquidités placées en titres, demandez un avis d’avocat ou interrogez la FINMA avant d’exercer.

La bascule est rapide. Les « parts de placements collectifs de capitaux » figurent dans la liste (art. 3 let. a ch. 3 LSFin) : un client qui vous confie aussi ses parts de fonds immobiliers cotés fait de vous un gestionnaire de fortune, dès que l’un des seuils de l’art. 19 OEFin est atteint (50 000 francs de produit brut annuel, plus de 20 cocontractants, ou plus de 5 millions sous gestion).

Lex Koller : vérifier le propriétaire avant le mandat

À Genève, une part importante des patrimoines immobiliers appartient à des investisseurs domiciliés hors de Suisse, et la Lex Koller détermine ce qu’ils peuvent acheter. Votre stratégie d’acquisition doit partir de cette contrainte.

Sont des personnes à l’étranger, notamment, les ressortissants d’États hors UE et AELE « qui n’ont pas le droit de s’établir en Suisse », les sociétés dont le siège est à l’étranger et les sociétés suisses où des personnes à l’étranger ont une position dominante (art. 5 al. 1 LFAIE). Cette domination est présumée au-delà d’un tiers du capital ou des voix (art. 6 al. 2 LFAIE). Leur acquisition d’immeubles est soumise à autorisation cantonale (art. 2 al. 1 LFAIE), sauf pour un immeuble qui sert d’établissement stable à une activité commerciale (art. 2 al. 2 let. a LFAIE).

Les instructions de l’Office fédéral de la justice aux registres fonciers sont explicites : bureaux, magasins, hôtels ou centres commerciaux peuvent être achetés par une personne à l’étranger, et « Une personne à l’étranger peut donc acquérir ce type d’immeubles dans le seul but de placer des capitaux. » Le registre foncier vérifie en revanche que l’acquéreur n’achète pas de logements. Changer de structure ne contourne rien : l’achat de parts d’une société immobilière dont les parts ne sont pas cotées en bourse suisse est une acquisition d’immeuble (art. 4 al. 1 let. e LFAIE), et la tentative d’éluder la loi entraîne le refus (art. 12 let. c LFAIE).

Votre société d’asset management immobilier à Genève

Une société calibrée sur vos mandats

Constitution de la Sàrl ou de la SA et inscription au registre du commerce de Genève, but social adapté à la gestion d’immeubles, administrateur résident si vous vivez encore à l’étranger, domiciliation, facturation de vos honoraires de gestion, TVA et comptabilité : RISTER® prépare et administre votre société pendant que vous signez vos premiers mandats.

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SICAV et fonds immobilier : la gestion collective

Dès que plusieurs investisseurs mettent leurs apports en commun, vous changez de monde. La LPCC appelle placements collectifs les « apports constitués par des investisseurs pour être administrés en commun pour le compte de ces derniers » (art. 7 al. 1), et le fonds immobilier en est la version ouverte, investie dans des valeurs immobilières (art. 58).

La SICAV immobilière est souvent le véhicule choisi par un investisseur qui veut associer d’autres familles à son parc. Elle a pour but unique « la gestion collective de capitaux » (art. 36 al. 1 let. d LPCC), doit être autorisée par la FINMA (art. 13 al. 2 let. b LPCC) et ne peut s’inscrire au registre du commerce qu’une fois cette autorisation obtenue (art. 13 al. 5 LPCC). Elle ne délègue ses décisions de placement qu’à des personnes autorisées pour cette activité (art. 36 al. 3 LPCC).

Votre société devient alors gestionnaire de fortune collective (art. 24 al. 1 LEFin). Ce statut impose :

  • une société commerciale (art. 25 LEFin) dotée d’un capital minimal de 200 000 francs, « entièrement libéré » et « maintenu en permanence » (art. 42 al. 1 OEFin) ;
  • un organe de gestion d’au moins deux personnes, une signature collective à deux et un organe de haute direction, de surveillance et de contrôle, sauf dérogation de la FINMA pour une petite structure (art. 37 OEFin) ;
  • une surveillance par la FINMA elle-même, sans passer par un organisme de surveillance (art. 61 al. 3 LEFin) ;
  • l’autorisation avant l’inscription au registre du commerce (art. 5 al. 2 LEFin).

Conseil RISTER

Prévoyez le passage à la gestion collective dès la constitution, même s’il n’interviendra que dans deux ans. Une Sàrl à 20 000 francs convient à des mandats directs ; un capital de 200 000 francs entièrement libéré, deux dirigeants et un conseil distinct se préparent longtemps à l’avance. Beaucoup de gérants gardent leur première société pour les mandats et créent une entité séparée pour la SICAV.

Le L-QIF, fonds réservé aux investisseurs qualifiés, n’est pas soumis à autorisation lorsqu’il revêt la forme d’une SICAV ou d’une SCmPC (art. 13 al. 2bis LPCC). Absence d’autorisation ne veut pas dire absence de règles : faites examiner ce véhicule avec un avocat avant de le présenter à vos investisseurs.

Sous les seuils : gestionnaire de fortune et organisme de surveillance

Un gestionnaire de placements collectifs dont les investisseurs sont qualifiés reste un simple gestionnaire de fortune s’il administre au plus 100 millions de francs, levier compris, ou 500 millions sans levier et sans droit de remboursement pendant cinq ans (art. 24 al. 2 LEFin). Une SICAV ouverte accorde un droit au remboursement de ses parts (art. 8 al. 2 LPCC) : seul le plafond de 100 millions lui reste accessible.

Sous ce plafond, l’autorisation de la FINMA reste nécessaire, mais la surveillance courante est exercée par un organisme de surveillance (art. 61 al. 1 et 2 LEFin). Deux des quatre organismes reconnus au 29 octobre 2026 ont leur siège à Genève, l’OSIF et SO-FIT ; les deux autres sont l’AOOS à Zurich et OSFINcontrol à Zoug. Le capital minimal tombe à 100 000 francs, libéré en espèces (art. 22 al. 1 LEFin).

Acheter et vendre pour un investisseur : la LBA

Depuis le 1er octobre 2026, l’asset manager qui organise les transactions de ses clients peut être un « conseiller » au sens de la loi sur le blanchiment d’argent. Sont visés ceux qui, à titre professionnel, participent pour le compte de tiers à des transactions financières, y compris l’organisation de fonds, en lien avec la vente ou l’achat d’un immeuble (art. 2 al. 3bis let. a LBA).

À Genève, où la plupart des objets d’investissement dépassent largement le seuil, l’exception des transferts de moins de 5 millions de francs payés via des banques (art. 2 al. 4ter let. b LBA) couvre rarement vos dossiers. Si vous coordonnez le financement d’un achat ou la répartition du prix d’une cession, prévoyez l’identification du client et de l’ayant droit économique et l’affiliation à un organisme d’autorégulation. Une société de gestion de fortune ou de fortune collective autorisée est, elle, intermédiaire financier de plein droit (art. 2 al. 2 let. abis et bbis LBA).

Constituer la société à Genève

La société doit pouvoir être représentée par une personne domiciliée en Suisse : un gérant ou un directeur dans une Sàrl (art. 814 al. 3 CO), un administrateur ou un directeur dans une SA (art. 718 al. 4 CO). Un gérant qui garde son domicile à Paris pendant les premiers mois a donc besoin d’un administrateur résident.

Pour votre séjour, la nationalité décide. Le ressortissant UE ou AELE qui vient exercer une activité indépendante obtient un titre de séjour de cinq ans au moins s’il prouve qu’il s’établit à cette fin (ALCP, annexe I, art. 12). Le ressortissant d’un État tiers doit convaincre l’autorité cantonale que son projet sert les intérêts économiques du pays et qu’il dispose de revenus suffisants et autonomes (art. 19 LEI). Notre guide sur la création d’une société à Genève détaille les étapes jusqu’au registre du commerce.

Un cas concret : douze immeubles genevois pour un investisseur du Golfe

Un gérant français, quinze ans d’asset management immobilier à Paris, reprend la gestion stratégique de douze immeubles genevois détenus par une SA genevoise, elle-même détenue par un investisseur établi aux Émirats. Le parc, évalué à 310 millions de francs, comprend surtout des bureaux et des arcades commerciales. Le gérant s’installe à Genève, crée une SA avec un administrateur résident pendant la transition et signe un mandat de gestion avec la SA propriétaire. Le mandat ne porte que sur des immeubles détenus en direct par son mandant : d’après le texte de la LSFin, il ne gère pas d’instruments financiers.

Premier obstacle : l’investisseur veut ajouter deux immeubles locatifs à Carouge. Personne à l’étranger, il ne peut pas les acquérir à titre de placement, et passer par une nouvelle société non cotée ne change rien (art. 4 al. 1 let. e LFAIE). Le gérant réoriente la recherche vers des immeubles de bureaux. Deux ans plus tard, l’investisseur veut ouvrir le parc à trois familles via une SICAV immobilière. Avec 310 millions dans un véhicule ouvert, le gérant ne peut pas rester sous les seuils de l’art. 24 al. 2 LEFin : il crée une seconde société au capital de 200 000 francs entièrement libéré, avec deux dirigeants et un conseil distinct, et attend l’autorisation de la FINMA avant de l’inscrire. Reste à vérifier la Lex Koller de la SICAV : elle est présumée dominée par des personnes à l’étranger lorsque sa gestion est assumée par une personne à l’étranger et que, par exemple, celles-ci disposent de plus du tiers des voix des actions des entrepreneurs (art. 6 al. 5 LFAIE).

Erreurs à éviter

  1. Écrire « gestion de fortune » dans le but social d’une société qui gère des immeubles : la LEFin réserve cette désignation aux établissements autorisés.
  2. Accepter les parts de fonds immobiliers d’un client sans mesurer qu’elles sont des instruments financiers.
  3. Constituer la société de gestion collective et l’inscrire avant l’autorisation FINMA.
  4. Proposer à un investisseur non domicilié l’achat d’immeubles locatifs, directement ou par une société non cotée.
  5. Planifier la rénovation d’un immeuble d’habitation genevois sans intégrer l’autorisation LDTR.
  6. Coordonner le prix d’une cession sans avoir clarifié son statut au regard de la LBA.

FAQ : asset management immobilier à Genève

Un asset manager immobilier à Genève a-t-il besoin d’une autorisation FINMA ?

D’après le texte de la loi, pas pour gérer des immeubles détenus en direct par son mandant, car les immeubles ne sont pas des instruments financiers au sens de l’art. 3 let. a LSFin. Il s’agit d’une lecture du texte de la loi, pas d’une décision de l’autorité. Il en faut une dès qu’il gère des parts de fonds, des actions ou un placement collectif.

Quel capital pour gérer une SICAV immobilière ?

Le gestionnaire de fortune collective doit disposer d’au moins 200 000 francs de capital, entièrement libéré et maintenu en permanence (art. 42 OEFin). Sous les seuils de l’art. 24 al. 2 LEFin, il reste gestionnaire de fortune, avec un capital minimal de 100 000 francs libéré en espèces.

Un investisseur étranger peut-il acheter des immeubles à Genève par l’intermédiaire de son asset manager ?

Oui pour des immeubles commerciaux qui servent d’établissement stable, comme des bureaux ou des magasins, même à titre de placement. Pour des logements, une personne à l’étranger a besoin d’une autorisation cantonale (art. 2 LFAIE) qu’un pur placement de capitaux n’obtient pas. Une société immobilière non cotée ne change rien à cette règle.

Quels organismes de surveillance pour un gestionnaire de fortune à Genève ?

Quatre organismes sont reconnus par la FINMA au 29 octobre 2026 : l’OSIF et SO-FIT, établis à Genève, l’AOOS à Zurich et OSFINcontrol à Zoug. Le gestionnaire de fortune collective n’en relève pas : il est surveillé directement par la FINMA.

L’asset manager immobilier doit-il s’affilier à un organisme d’autorégulation ?

Depuis le 1er octobre 2026, oui s’il participe pour ses clients aux transactions financières liées à l’achat ou à la vente d’immeubles, y compris l’organisation des fonds (art. 2 al. 3bis LBA). Les transferts de moins de 5 millions de francs payés via des banques sont exclus.

Faut-il habiter Genève pour diriger une société d’asset management ?

Non, mais la société doit pouvoir être représentée par une personne domiciliée en Suisse, gérant, administrateur ou directeur (art. 718 al. 4 et 814 al. 3 CO). Un gestionnaire de fortune collective doit en outre compter un représentant domicilié en Suisse dans ses organes de gestion ou de haute direction (art. 37 al. 2 OEFin).

Sources

Conclusion

L’asset management immobilier à Genève peut démarrer dans une Sàrl ou une SA ordinaire tant que vous gérez des immeubles détenus en direct, d’après le texte de la LSFin. La SICAV ou le fonds immobilier changent la donne : autorisation FINMA avant l’inscription, 200 000 francs de capital, deux dirigeants. La Lex Koller de vos investisseurs et la LBA encadrent chaque acquisition. RISTER accompagne les gérants qui s’installent à Genève, de la constitution à la comptabilité de leurs honoraires, sous la conduite d’Andrés Taracido, fort de plus de 25 ans d’expérience fiduciaire.

Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
Écrit par

Andrés Taracido

Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.