Créer une entreprise de dispositifs médicaux à Genève répond le plus souvent à l’une de deux situations. Soit un fabricant établi en France ou ailleurs dans l’Union européenne veut vendre en Suisse et doit s’appuyer sur une société établie en Suisse ; soit une entreprise genevoise conçoit ou fait fabriquer un dispositif et veut le vendre des deux côtés de la frontière. Dans les deux cas, aucune autorisation d’exploitation n’est requise, mais la loi confie à l’entreprise suisse des rôles précis, qui supposent une organisation réelle.
RISTER® vous explique ce que ces rôles exigent, ce que la classe du dispositif change, et comment structurer la société genevoise pour qu’elle tienne face à Swissmedic.
Sommaire
- Dispositif médical ou non : la question qui précède les statuts
- Le fabricant français ou européen qui vend en Suisse
- Devenir mandataire suisse à Genève : ce que le rôle exige
- La classe du dispositif, invasif ou non, et l’organisme notifié
- Fabriquer à Genève et vendre en France : le chemin inverse
- Atelier, salle propre ou bureau : ce que Genève demande
- Douane, TVA et fiscalité genevoise d’une société medtech
- Les erreurs observées sur ces dossiers
Dispositif médical ou non : la question qui précède les statuts
Avant de créer une entreprise de dispositifs médicaux à Genève, il faut qualifier le produit. L’ordonnance sur les dispositifs médicaux (ODim) vise tout instrument, appareil, logiciel, implant ou autre article destiné par le fabricant à un usage médical chez l’homme, dont l’action principale « n’est pas obtenue par des moyens pharmacologiques ou immunologiques ni par métabolisme » (art. 3 ODim). Si le produit agit par voie pharmacologique, c’est un médicament, avec une autorisation Swissmedic, un responsable technique et un site inspecté : nous traitons ce cas dans notre article pour créer une entreprise pharmaceutique à Genève.
Pour un dispositif médical, Swissmedic est clair : « Contrairement aux médicaments, les dispositifs médicaux ne sont soumis à aucune autorisation officielle. » L’autorité surveille le marché ; elle n’autorise pas. En contrepartie, un dispositif ne peut être mis sur le marché, à disposition ou en service « qu’une fois la procédure d’évaluation de la conformité menée à terme avec succès », y compris lorsqu’il est remis gratuitement ou loué.
Le fabricant français ou européen qui vend en Suisse
Depuis 2021, l’accord de reconnaissance mutuelle entre la Suisse et l’Union européenne n’est plus actualisé pour les dispositifs médicaux. L’Office fédéral de la santé publique en tire la conséquence : « La Suisse est donc actuellement traitée comme un pays tiers, mais elle reconnaît unilatéralement les évaluations de conformité de l’UE. » Le marquage européen reste donc admis en Suisse (art. 13 al. 1 ODim), mais un fabricant établi à Lyon, Annecy ou Milan ne peut plus vendre à Genève comme il vend à Paris.
| Exigence | Qui l’assume | Base légale |
|---|---|---|
| Mandat écrit à une personne établie en Suisse | Mandataire suisse (CH-REP) | Art. 51 ODim |
| Vérification avant la mise sur le marché, nom et adresse sur le dispositif ou l’emballage | Importateur établi en Suisse | Art. 53 ODim |
| Enregistrement auprès de Swissmedic et numéro CHRN | Mandataire et importateur | Art. 55 ODim |
| Étiquetage et mode d’emploi dans les trois langues officielles, sauf exceptions | Fabricant | Art. 16 ODim |
Le mandataire et l’importateur sont deux rôles distincts. L’importateur est « toute personne physique ou morale établie en Suisse qui met sur le marché suisse un dispositif provenant de l’étranger » (art. 4 ODim) : la société genevoise qui achète les dispositifs en France pour les revendre en Suisse est donc importatrice, qu’elle le veuille ou non. Elle vérifie notamment que le fabricant a désigné un mandataire suisse, puis indique son nom, son siège et son adresse sur le dispositif, son emballage ou un document d’accompagnement (art. 53 ODim). Une même société genevoise peut cumuler les deux rôles pour un fabricant.
Devenir mandataire suisse à Genève : ce que le rôle exige
« Lorsque le fabricant n’a pas son siège en Suisse, ses dispositifs ne peuvent être mis sur le marché que s’il a désigné un mandataire sis en Suisse. Le mandat doit être convenu par écrit. » (art. 51 al. 1 ODim). Pour une société genevoise, le rôle de mandataire peut devenir une activité à part entière, au service de plusieurs fabricants. Il ne se résume pas à prêter une adresse.
- Formalités et sécurité : « Le mandataire se charge des formalités de la mise sur le marché du dispositif et des questions de sécurité qui y sont liées » (art. 51 al. 2 ODim).
- Documentation technique : si le mandat prévoit que le fabricant transmet lui-même la documentation à Swissmedic, le mandataire doit s’assurer que cette remise a lieu « dans les sept jours » (art. 51 al. 3bis ODim).
- Personne compétente : le mandataire doit pouvoir faire appel « en permanence et sans interruption » à au moins une personne chargée de veiller au respect des prescriptions, dotée de l’expertise requise (art. 52 ODim).
- Étiquetage : Swissmedic exige le nom et l’adresse du mandataire à proximité directe du symbole CH REP ; une case postale, une adresse électronique ou un numéro de téléphone seuls ne suffisent pas.
L’enregistrement CHRN commence au registre du commerce
Le mandataire et l’importateur s’enregistrent auprès de Swissmedic avant la première mise sur le marché ; Swissmedic vérifie les données et attribue un numéro d’enregistrement unique suisse, le CHRN (art. 55 ODim). La demande se fait dans le module Actors de swissdamed et, précise Swissmedic, « doit être accompagnée d’une preuve du siège en Suisse (extrait du registre du commerce ou certificat d’établissement) ». La société genevoise est donc constituée et inscrite au registre du commerce avant tout enregistrement.
Depuis le 1er juillet 2026, l’enregistrement des dispositifs eux-mêmes est devenu obligatoire dans swissdamed, avec une période transitoire jusqu’au 31 décembre 2026. Les déclarations prévues notamment aux art. 53, 54 et 108 ODim sont soumises, selon Swissmedic, à un émolument de 300 francs par déclaration : un coût à répercuter dans les honoraires d’un mandataire qui gère plusieurs gammes.
Important
Une société domiciliée à Genève sans personne compétente disponible ne peut pas remplir correctement le rôle de mandataire. En cas de demande de Swissmedic, c’est elle qui doit répondre, obtenir la documentation technique dans les sept jours et coopérer à une éventuelle mesure corrective. Acceptez un mandat CH-REP seulement si l’organisation qui va avec existe.
La classe du dispositif, invasif ou non, et l’organisme notifié
La classe du dispositif ne change rien aux obligations du mandataire, mais elle change tout pour le fabricant, et donc pour le calendrier d’un projet genevois. « Les dispositifs sont répartis en classe I, IIa, IIb et III selon leur destination et les risques qui leur sont inhérents » (art. 15 ODim), selon les règles de l’annexe VIII du règlement européen 2017/745. La classification incombe au fabricant.
Le premier critère est le caractère invasif : un dispositif invasif « pénètre en totalité ou en partie à l’intérieur du corps, soit par un orifice du corps, soit à travers la surface du corps ». Le second est la durée d’utilisation continue : moins de soixante minutes pour l’usage temporaire, jusqu’à trente jours pour le court terme, au-delà pour le long terme.
- Non invasifs : en principe classe I, sauf règle particulière.
- Invasifs par un orifice du corps : classe I en usage temporaire, IIa à court terme, IIb à long terme, avec des exceptions pour la bouche, le conduit auditif et la cavité nasale.
- Invasifs de type chirurgical : en principe IIa pour un usage temporaire ou à court terme ; les instruments chirurgicaux réutilisables en usage temporaire restent en classe I ; le contact direct avec le cœur, le système circulatoire central ou le système nerveux central fait passer en classe III.
- Implantables et chirurgicaux à long terme : en principe IIb, classe III notamment pour les implants actifs, les prothèses articulaires ou discales et les implants mammaires.
En classe I, le fabricant établit lui-même la déclaration de conformité après avoir constitué la documentation technique, avec une intervention limitée d’un organisme notifié pour les dispositifs stériles, les fonctions de mesurage et les instruments chirurgicaux réutilisables (art. 52 par. 7 du règlement 2017/745). Au-delà, un organisme notifié évalue la conformité. Or Swissmedic l’indique : « Depuis le 1er avril 2025, il n’y a plus d’organismes désignés en Suisse. » Un fabricant genevois de dispositifs invasifs travaille donc avec un organisme notifié établi dans l’Union européenne.
Medtech à Genève
Une société genevoise qui assume le rôle que la loi lui donne
Constitution de la société et inscription au registre du commerce avant l’enregistrement CHRN, but social adapté au rôle de fabricant, de mandataire ou d’importateur, TVA à l’importation des dispositifs achetés en France, comptabilité par lot et salaires : RISTER® prépare une structure cohérente avec vos obligations, en coordination avec vos conseils réglementaires.
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Fabriquer à Genève et vendre en France : le chemin inverse
Pour une société genevoise, la frontière joue dans les deux sens. Le règlement européen prévoit que lorsque le fabricant d’un dispositif « n’est pas établi dans un État membre, le dispositif ne peut être mis sur le marché de l’Union que si le fabricant désigne un mandataire unique » (art. 11 par. 1 du règlement 2017/745). Le fabricant genevois qui veut livrer des cliniques françaises désigne donc un mandataire établi dans l’Union européenne, en plus de l’organisme notifié requis au-delà de la classe I.
La société qui fait fabriquer un dispositif par un sous-traitant et le commercialise sous sa propre marque est, au sens de l’ODim, le fabricant (art. 4 ODim). Elle dispose au sein de son organisation d’une personne chargée de veiller au respect des prescriptions (art. 49 ODim). Le règlement européen admet que les micro et petites entreprises recourent à une personne externe, à condition qu’elle soit « en permanence et sans interruption à leur disposition » (art. 15 par. 2). Pour une start-up genevoise, c’est souvent la solution retenue les premières années, à condition de la documenter par contrat.
Si le développement passe par une investigation clinique, le régime dépend du dispositif : les essais de catégorie A, portant sur un dispositif déjà marqué et utilisé conformément au mode d’emploi, « ne sont pas soumis à l’autorisation de Swissmedic » (art. 7 OClin-Dim) ; ceux de catégorie C, sur un dispositif non marqué ou utilisé autrement, le sont.
Atelier, salle propre ou bureau : ce que Genève demande
Un mandataire ou un importateur travaille dans des bureaux. Un fabricant qui assemble, conditionne ou stérilise à Genève a en revanche besoin de locaux adaptés, et le droit du travail peut s’en mêler. Une entreprise classée industrielle, ou relevant des activités énumérées par l’ordonnance 4 relative à la loi sur le travail, soumet ses plans à l’approbation de l’autorité cantonale avant d’aménager.
À Genève, cet examen relève de l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT). Pour les entreprises industrielles, l’OCIRT rend une décision d’aménager, avec l’avis de la SUVA, puis délivre l’autorisation d’exploiter après une visite d’entrée en exploitation ; le dépôt des grands projets se fait sur rendez-vous, accordé en principe dans un délai de deux semaines. Les zones industrielles du canton sont gérées par la Fondation pour les terrains industriels de Genève (FTI). Lancer l’aménagement d’une salle propre avant cet examen expose à refaire les travaux.
Douane, TVA et fiscalité genevoise d’une société medtech
- Douane : depuis le 1er janvier 2024, la Suisse ne perçoit plus de droits de douane sur les produits industriels des chapitres 25 à 97 du Système harmonisé, dont relèvent les instruments et appareils médicaux. Les dispositifs achetés en France entrent sans droit de douane, avec une déclaration en douane et la TVA à l’importation, que nous détaillons dans notre article sur la TVA à l’importation en Suisse.
- TVA : le taux réduit de 2,6 % vise « les médicaments » (art. 25 al. 2 LTVA) ; les dispositifs médicaux sont au taux normal de 8,1 %. Les traitements médicaux sont exclus du champ de l’impôt, mais la loi précise que la livraison d’appareils orthopédiques et de prothèses « fabriqués par l’assujetti ou acquis par celui-ci est imposable » (art. 21 al. 2 LTVA) : une société genevoise facture la TVA à la clinique ou au cabinet qu’elle livre.
- Recherche et brevets : Genève accorde une déduction supplémentaire de 50 % des dépenses de recherche et de développement, mais une réduction de seulement 10 % sur le bénéfice provenant de brevets, contre 90 % à Zurich, Zoug ou Lucerne et 60 % dans le canton de Vaud. Nous détaillons ces mécanismes dans notre article pour créer une startup SaaS à Genève.
La forme juridique suit le rôle et le financement : une Sàrl suffit souvent à un mandataire ou un importateur, une société anonyme accueille plus facilement des investisseurs. Nous comparons les étapes dans notre guide de la création d’une société à Genève.
Conseil RISTER
Écrivez le rôle de la société dans son but social et dans chaque contrat : fabricant, mandataire, importateur ou distributeur. Un importateur genevois qui commence à apposer sa marque sur des dispositifs fabriqués en France devient fabricant ; un mandataire qui revend les produits devient aussi importateur. Chaque glissement de rôle ajoute des obligations envers Swissmedic, un enregistrement et des coûts qu’il vaut mieux prévoir que découvrir.
Les erreurs observées sur ces dossiers
La première consiste à croire qu’un fabricant européen peut continuer à livrer ses clients genevois sans rien changer, puisque le marquage CE est reconnu. Le marquage l’est ; le mandataire suisse et l’importateur restent obligatoires.
La deuxième est d’accepter un mandat CH-REP avec une simple domiciliation, sans personne compétente disponible en permanence ni procédure pour obtenir la documentation technique dans les sept jours.
La troisième est de sous-estimer la classe d’un dispositif invasif, et de découvrir tardivement qu’il faut un organisme notifié, aujourd’hui établi hors de Suisse.
La quatrième est d’oublier le chemin inverse : une start-up genevoise qui vise le marché français sans mandataire dans l’Union européenne.
La cinquième, enfin, est d’aménager un atelier ou une salle propre avant d’avoir vérifié auprès de l’OCIRT si les plans doivent être approuvés.
FAQ : créer une entreprise de dispositifs médicaux à Genève
Une société genevoise peut-elle être mandataire suisse d’un fabricant français ?
Oui. Un fabricant sans siège en Suisse doit désigner par écrit un mandataire établi en Suisse (art. 51 ODim), et une société genevoise peut assumer ce rôle. Elle s’enregistre auprès de Swissmedic, figure avec son nom et son adresse près du symbole sur l’étiquetage et doit disposer en permanence d’une personne chargée de veiller au respect des prescriptions.
Le fabricant établi en France a-t-il aussi besoin d’un importateur en Suisse ?
Oui, dès qu’un dispositif provenant de l’étranger est mis sur le marché suisse. L’importateur est la personne établie en Suisse qui le met sur le marché : il vérifie notamment le marquage, la déclaration de conformité et la désignation du mandataire, puis indique son nom et son adresse sur le dispositif ou son emballage. Une même société peut être mandataire et importatrice.
Une domiciliation à Genève suffit-elle pour obtenir un numéro CHRN ?
La demande exige une preuve du siège en Suisse, extrait du registre du commerce ou certificat d’établissement, qu’une société domiciliée peut fournir. Mais le CHRN ne crée pas l’organisation : un mandataire doit pouvoir répondre à Swissmedic, obtenir la documentation technique dans les sept jours et disposer en permanence d’une personne compétente.
Un fabricant genevois peut-il vendre ses dispositifs en France ?
Oui, en respectant le droit européen applicable aux fabricants établis hors de l’Union : désignation d’un mandataire unique établi dans un État membre et, au-delà de la classe I, évaluation par un organisme notifié. Depuis le 1er avril 2025, il n’existe plus d’organisme désigné en Suisse.
Un dispositif médical invasif est-il forcément dans une classe élevée ?
Non. Un dispositif invasif par un orifice du corps utilisé moins de soixante minutes, ou un instrument chirurgical réutilisable en usage temporaire, relève en principe de la classe I. Les dispositifs chirurgicaux et implantables montent en classe IIa, IIb ou III selon la durée d’utilisation et la partie du corps concernée, la classification incombant au fabricant.
Quelle TVA pour des dispositifs médicaux importés de France à Genève ?
Les dispositifs médicaux sont soumis au taux normal de 8,1 %, le taux réduit étant réservé aux médicaments. À l’importation, aucun droit de douane n’est perçu depuis le 1er janvier 2024 sur ces produits industriels, mais la TVA à l’importation est due au dédouanement et récupérable comme impôt préalable par une société assujettie.
Sources
- Ordonnance sur les dispositifs médicaux (ODim, RS 812.213), art. 3, 4, 13, 15, 16, 49, 51 à 53 et 55
- Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux, art. 2, 11, 15, 52 et annexe VIII
- Swissmedic, Enregistrement des opérateurs économiques (CHRN)
- Swissmedic, Mandataire suisse (CH-REP)
- Swissmedic, Déclaration de dispositifs médicaux
- Swissmedic, Organismes d’évaluation de la conformité
- Office fédéral de la santé publique, Dispositifs médicaux : conditions-cadres internationales
- Ordonnance sur les essais cliniques de dispositifs médicaux (OClin-Dim, RS 810.306), art. 6 et 7
- Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA, RS 641.20), art. 21 et 25
- État de Genève, Comment faire examiner et valider ses plans par l’OCIRT
Conclusion
Créer une entreprise de dispositifs médicaux à Genève ne requiert aucune autorisation, mais un rôle clairement assumé. Pour le fabricant européen qui vend en Suisse, la société genevoise est mandataire et souvent importatrice, enregistrée auprès de Swissmedic sur la base d’un extrait du registre du commerce et dotée d’une personne compétente disponible en permanence. Pour le fabricant genevois, la classe du dispositif détermine le passage par un organisme notifié de l’Union européenne, et la vente en France suppose un mandataire établi dans l’Union.
RISTER – Fiduciaire à Genève constitue la société adaptée à ce rôle dans le cadre de notre service de création de société à Genève, puis tient sa comptabilité, ses salaires et sa fiscalité. Nous ne créons pas de mandataire de façade, et nous vous le disons lorsqu’un élément manque à l’organisation. Pour en parler, contactez-nous.


