À Genève, on ne gagne pas un chantier sans papiers. Aucune autorisation fédérale n’est exigée pour créer une entreprise de construction, mais l’attestation de conformité aux usages ouvre ou ferme les soumissions, la convention collective s’applique dès le premier ouvrier, et les commissions paritaires contrôlent les chantiers. Ajoutez une main-d’œuvre largement frontalière et une cascade de sous-traitance sous responsabilité solidaire : voici la création d’une entreprise du bâtiment, vue depuis Genève.
Sommaire
- Le socle fédéral : libre d’accès, encadré par les CCT
- Gros œuvre ou second œuvre : quelle convention à Genève
- Constituer la société genevoise, sans faux indépendant
- Soumissionner à Genève : l’attestation qui ouvre les marchés
- La main-d’œuvre frontalière : permis, annonce, impôt source
- Sous-traiter sans se brûler : la responsabilité solidaire
- SUVA, LPP, RC : le coût du risque
- Les pièges observés sur les chantiers genevois
Le socle fédéral : libre d’accès, encadré par les CCT
Le droit fédéral n’impose ni diplôme ni licence pour exploiter une entreprise de maçonnerie, de rénovation ou d’entreprise générale. Les techniques du bâtiment font exception, l’électricité exige l’autorisation ESTI, nous l’avons détaillé dans notre guide pour créer une entreprise d’électricité, mais le gros œuvre lui-même est d’accès libre.
Ce vide réglementaire est comblé par le droit conventionnel. Le 12 décembre 2025, la Société Suisse des Entrepreneurs et les syndicats Unia et Syna ont conclu la nouvelle Convention nationale du secteur principal de la construction, ratifiée en janvier 2026 : six ans de durée, environ 80’000 ouvriers couverts, minima relevés de 0,2 % en 2026, nouvelles règles sur le temps de déplacement, et le régime FAR qui permet la retraite dès 60 ans. Sur un chantier genevois, cette convention et ses cousines s’appliquent à tous, et elles sont contrôlées.
Gros œuvre ou second œuvre : quelle convention à Genève
La première question d’un créateur genevois du bâtiment n’est pas la forme juridique, c’est la convention applicable. Le gros œuvre, maçonnerie, béton armé, génie civil, relève de la Convention nationale et de ses classes salariales par zone, avec les cotisations FAR. Le second œuvre, plâtrerie-peinture, menuiserie, carrelage, revêtements, relève de la CCT-SOR, la convention du second œuvre romand, de force obligatoire dans les six cantons romands, avec sa propre grille et sa propre commission paritaire.
Sous ces grilles conventionnelles, le plancher légal genevois reste le salaire minimum cantonal, 24 fr. 59 de l’heure en 2026, détaillé dans notre guide du salaire minimum à Genève ; pour le personnel qualifié du bâtiment, les minima conventionnels sont nettement au-dessus. Chiffrer une offre avec la mauvaise grille, ou avec des salaires hors convention, c’est vendre à perte avec un contrôle paritaire en embuscade.
Conseil RISTER
Classez votre activité avant de constituer : gros œuvre sous CN, second œuvre sous CCT-SOR, ou les deux si votre entreprise générale couvre plusieurs corps de métier. Les cotisations paritaires, les classes salariales et les contrôles diffèrent, et le but social de la société comme les affiliations aux caisses se calent sur cette classification.
Constituer la société genevoise, sans faux indépendant
Les étapes de constitution sont celles de toute société genevoise, notaire, registre du commerce, caisses sociales, détaillées dans notre guide complet de la création d’une société à Genève. La raison individuelle convient à l’artisan seul ; la Sàrl à 20’000 francs devient la norme dès qu’il y a du personnel, des garanties à fournir et des soumissions à signer.
Une mise en garde vaut de l’or dans ce secteur : le statut d’indépendant se fait reconnaître par la caisse AVS, il ne se décrète pas. Plusieurs mandants, un risque entrepreneurial propre, une organisation libre : voilà ce que la caisse vérifie. Le « faux indépendant » qui travaille en réalité pour un seul donneur d’ordre est requalifié en salarié au premier contrôle, et les cotisations sont rattrapées chez le donneur d’ordre, avec intérêts. Monter son activité sur ce modèle, ou employer de tels indépendants sur ses chantiers, revient à accumuler un passif social invisible.
Création et paie du bâtiment
La société se constitue avec sa convention, ses caisses et son dossier de soumission
Convention applicable, affiliations aux caisses paritaires et FAR, assurances du risque, attestations pour soumissionner : tout se met en place à la création, pas au premier contrôle. RISTER® constitue votre société du bâtiment et structure la paie la plus contrôlée du canton.
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Fiduciaire établie à Genève, 25 ans d’expérience.
Soumissionner à Genève : l’attestation qui ouvre les marchés
Une part décisive de la demande genevoise, logements, écoles, infrastructures, passe par les marchés publics, et l’accès y est documentaire. Pour soumissionner, l’entreprise produit ses attestations : cotisations AVS et LPP payées, TVA et impôts à jour, assurance-accidents en règle, et l’engagement de respecter les usages de la profession, attesté auprès de l’office cantonal de l’inspection et des relations du travail. Sans ce dossier complet, l’offre est écartée avant même l’examen du prix.
Les chantiers eux-mêmes sont surveillés : les commissions paritaires des conventions contrôlent salaires, classes et temps de travail sur place, et les contrôles coordonnés de la loi sur le travail au noir vérifient permis, AVS et impôt à la source. Pour l’entreprise en règle, c’est une protection contre la concurrence déloyale ; pour les autres, c’est une machine à sanctions et à exclusions des marchés.
La main-d’œuvre frontalière : permis, annonce, impôt source
Le bâtiment genevois tourne avec une main-d’œuvre largement frontalière, et l’employeur porte le circuit administratif complet : permis G obtenu sur la base du contrat, annonce d’engagement, décompte de l’impôt à la source à la charge de l’employeur, affiliations sociales dès le premier jour. Chaque embauche frontalière est un petit dossier en soi, et les contrôles de chantier le vérifient pièce par pièce.
Si vous faites en plus intervenir des entreprises étrangères ou du personnel détaché sur vos chantiers, le régime d’annonce des travailleurs détachés s’ajoute, avec ses délais et ses règles salariales suisses : notre guide de l’annonce de détachement en Suisse en détaille la procédure. La frontière est une ressource pour le secteur ; elle ne pardonne aucune approximation administrative.
Sous-traiter sans se brûler : la responsabilité solidaire
La cascade de sous-traitance est le mode de fonctionnement normal du bâtiment genevois, et le droit l’a encadrée : dans la construction, l’entrepreneur contractant répond solidairement du non-respect des salaires minimaux par ses sous-traitants, selon l’article 5 de la loi sur les travailleurs détachés. Si un sous-traitant sous-paie ses ouvriers, les prétentions remontent vers vous.
La loi offre une porte de sortie : la diligence. Exiger les attestations salariales, vérifier les documents, contractualiser le respect des conventions, conserver les preuves. Ce processus documentaire, appliqué à chaque contrat de sous-traitance, est votre bouclier ; les entreprises générales genevoises sérieuses l’imposent déjà à toute leur chaîne, et les maîtres d’ouvrage publics le vérifient.
SUVA, LPP, RC : le coût du risque
La construction est le cœur de métier historique de la SUVA : l’assurance-accidents y est obligatoire et ses primes, parmi les plus élevées de l’économie, se budgètent dès le business plan, avec la prévoyance LPP dès le seuil légal. La responsabilité civile d’entreprise n’est pas exigée par la loi, mais aucune régie ni aucun maître d’ouvrage genevois ne confie un chantier sans elle : un dégât aux ouvrages voisins ou aux conduites se chiffre vite en centaines de milliers de francs.
S’y ajoutent les garanties de bonne exécution et les retenues contractuelles, qui immobilisent la trésorerie pendant des années : le poste le plus sous-estimé des jeunes entreprises, dans un secteur où les délais de paiement sont déjà longs. La marge d’un chantier se lit après garanties, pas avant.
Les pièges observés sur les chantiers genevois
Le premier piège est l’offre chiffrée hors convention : la marge apparente devient peine conventionnelle et rattrapage salarial au premier contrôle paritaire. Le deuxième est la sous-traitance aveugle, sans diligence documentée, qui active la responsabilité solidaire. Le troisième est le faux indépendant, le sien ou celui d’un sous-traitant, dont la requalification AVS crée un passif rétroactif chez le donneur d’ordre.
Suivent le dossier de soumission incomplet, une attestation manquante élimine l’offre quel que soit le prix, et la trésorerie dévorée par les retenues de garantie. La série l’a montré métier après métier, de la sécurité au transport : dans les secteurs contrôlés, la conformité n’est pas un dossier que l’on classe, c’est une organisation.
FAQ : créer une entreprise de construction à Genève
Faut-il une autorisation pour ouvrir une entreprise de construction à Genève ?
Non : ni le droit fédéral ni le canton n’exigent de licence pour le gros œuvre ou la rénovation. Les techniques réglementées font exception, l’électricité passe par l’autorisation fédérale ESTI et le sanitaire-gaz par les concessions des distributeurs. La vraie barrière est conventionnelle et documentaire : CCT de force obligatoire, attestations pour soumissionner, contrôles de chantier.
Quelle convention collective s’applique sur un chantier genevois ?
Le gros œuvre relève de la Convention nationale du secteur principal de la construction, dont la version 2026-2031 a été conclue le 12 décembre 2025, avec la retraite anticipée FAR dès 60 ans. Le second œuvre relève de la CCT-SOR, de force obligatoire dans les six cantons romands. Le salaire minimum cantonal genevois, 24 fr. 59 de l’heure en 2026, reste le plancher absolu, mais les minima conventionnels du personnel qualifié sont au-dessus.
Qu’exige Genève pour soumissionner aux marchés publics ?
Un dossier d’attestations complet et à jour : cotisations AVS et LPP payées, TVA et impôts en règle, assurance-accidents conforme, et l’attestation liée au respect des usages professionnels délivrée par l’office cantonal de l’inspection et des relations du travail. Une pièce manquante écarte l’offre avant tout examen du prix : le dossier se maintient en permanence, pas la veille du dépôt.
Comment engager des frontaliers dans le bâtiment ?
L’employeur porte le circuit complet : permis G demandé sur la base du contrat de travail, annonce d’engagement, prélèvement de l’impôt à la source, affiliations sociales dès le premier jour. Pour le personnel détaché par des entreprises étrangères, le régime d’annonce du détachement s’ajoute, avec l’obligation de respecter les salaires suisses. Les contrôles de chantier vérifient chaque dossier pièce par pièce.
Qu’est-ce que la responsabilité solidaire du bâtiment ?
Selon l’article 5 de la loi sur les travailleurs détachés, l’entrepreneur contractant répond du non-respect des salaires minimaux par ses sous-traitants, sur toute la cascade. Il s’exonère en prouvant sa diligence : attestations exigées, vérifications documentées, obligations contractualisées. Ce processus est le bouclier juridique de toute entreprise générale genevoise.
Un maçon peut-il se mettre à son compte comme indépendant ?
Oui, si la caisse AVS reconnaît le statut : plusieurs mandants, risque entrepreneurial, organisation libre. Le faux indépendant lié à un seul donneur d’ordre est requalifié en salarié au premier contrôle, avec rattrapage des cotisations chez le donneur d’ordre. Dès qu’il y a du personnel ou des soumissions, la Sàrl à 20’000 francs est la forme de référence.
Sources
- Société Suisse des Entrepreneurs, Convention nationale du secteur principal de la construction
- Unia, La CN de la construction 2026
- CCT-SOR, Convention collective du second œuvre romand
- Loi fédérale sur les travailleurs détachés (LDét, RS 823.20), art. 5
- Fondation FAR, Retraite anticipée dans le secteur principal de la construction
- République et canton de Genève, Comment créer une entreprise
- SUVA, Assurance-accidents obligatoire
Conclusion
À Genève, créer une entreprise de construction est simple ; en vivre suppose des papiers en règle à chaque étage : la bonne convention dès le premier ouvrier, l’attestation qui ouvre les soumissions, la diligence qui neutralise la responsabilité solidaire, et un circuit frontalier tenu au cordeau. Ceux qui intègrent ces règles dans leurs prix dès la constitution gagnent des chantiers ; les autres gagnent des contrôles.
RISTER® est une fiduciaire établie à Genève depuis 25 ans. Nous constituons votre société avec sa convention, ses caisses et son dossier de soumission, puis nous tenons la comptabilité et la paie la plus contrôlée du canton. Pour un premier échange, écrivez-nous.




