Créer une entreprise de sécurité en Suisse : autorisation, examen et coûts à Genève

par | Mis à jour le 31 Aug 2026

Créer une entreprise de sécurité en Suisse suppose une autorisation préalable, délivrée à Genève par la Brigade des armes, de la sécurité privée et des explosifs. Le concordat romand exige un responsable qui a réussi l’examen concordataire, une couverture en responsabilité civile de 5 millions de francs et un siège physique dans le canton. L’autorisation d’exploiter coûte 500 francs, celle d’engager du personnel 300 francs, l’examen complet 500 francs, et le titre vaut quatre ans dans les six cantons romands.

Qui doit demander une autorisation

Le concordat sur les entreprises de sécurité du 18 octobre 1996 régit trois familles d’activités : la surveillance ou la garde de biens mobiliers ou immobiliers, la protection des personnes, et le transport de sécurité de biens ou de valeurs. Six cantons y sont parties : Fribourg, Vaud, Valais, Neuchâtel, Genève et Jura.

Le concordat s’applique que l’activité s’exerce sur le domaine public ou sur le domaine privé, à titre principal ou accessoire, rémunérée ou non, par du personnel ou au moyen d’installations comme une centrale d’alarme. La condition qui déclenche l’obligation est la prestation fournie à des tiers, sous contrat de mandat.

Trois situations que les fondateurs sous-estiment

  • L’entreprise unipersonnelle est soumise. Une personne qui pratique seule doit obtenir l’autorisation d’exploiter comme n’importe quelle société.
  • L’activité accessoire est soumise. Une société de nettoyage qui ajoute une prestation de rondes à son offre entre dans le champ du concordat.
  • Le commerce et l’établissement public sont soumis. Un exploitant qui engage lui-même ses videurs ou ses agents antivol doit obtenir une autorisation d’engager du personnel, même sans être une entreprise de sécurité.

À l’inverse, l’entreprise industrielle ou commerciale qui affecte son propre personnel à la protection de ses propres locaux, et pour son seul profit, reste hors du champ.

La procédure genevoise, dans l’ordre

À Genève, la Brigade des armes, de la sécurité privée et des explosifs est l’autorité de référence. Elle instruit les demandes, tient la liste des entreprises autorisées et procède à des contrôles réguliers pour vérifier le respect du concordat. Elle reçoit uniquement sur rendez-vous.

L’ordre des étapes n’est pas indifférent, parce que chacune conditionne la suivante.

  1. Constituer la société avec un but social qui couvre expressément les activités visées et des statuts qui donnent la signature individuelle au futur responsable.
  2. Prendre des locaux dans le canton et disposer d’un siège social physique à Genève.
  3. Négocier l’assurance responsabilité civile à hauteur de 5 millions de francs de couverture minimale.
  4. Déposer le dossier complet de demande d’autorisation de création d’entreprise et d’engagement de personnel, selon le calendrier publié par la brigade.
  5. Passer l’examen concordataire, qui intervient après le dépôt du dossier et non avant.

Important

Le dossier complet doit être reçu avant le passage de l’examen, et selon les dates du calendrier officiel. Un dossier déposé hors calendrier fait attendre la session suivante, ce qui décale d’autant la date à laquelle l’entreprise peut facturer sa première mission.

Ce que l’autorité regarde chez le responsable

L’autorisation d’exploiter n’est accordée que si le responsable est de nationalité suisse, ressortissant d’un État membre de l’Union européenne ou de l’Association européenne de libre-échange, ou titulaire d’un permis d’établissement pour les ressortissants d’autres États. Il doit avoir l’exercice des droits civils, être solvable ou ne pas faire l’objet d’actes de défaut de biens définitifs, et offrir toute garantie d’honorabilité.

L’honorabilité fait l’objet d’une directive de la Commission concordataire, qui tient compte de la gravité des actes commis avant la requête, des circonstances subjectives de ces actes et du temps écoulé depuis. Ce n’est donc pas une lecture mécanique de l’extrait de casier judiciaire, mais une appréciation, et elle se prépare avec le dossier.

Une exigence statutaire qui bloque des dossiers déjà déposés

Le responsable désigné doit être en situation de pouvoir exercer ses responsabilités et détenir la signature sociale individuelle. Une signature collective à deux n’est admise que si aucune signature individuelle n’existe dans la société. Des statuts rédigés sans cette précaution obligent à une modification statutaire, donc à un nouveau passage chez le notaire alors que la société est déjà inscrite.

L’examen de responsable d’entreprise

L’examen porte sur la connaissance de la législation applicable aux entreprises de sécurité. Il est organisé par le canton de siège de l’entreprise ou de sa succursale, et son contenu comme ses modalités sont fixés par une directive de la Commission concordataire. Sa réussite est une condition de l’autorisation d’exploiter : sans elle, le dossier ne peut aboutir.

L’examen se présente en plusieurs parties, et l’échec sur une partie ne fait pas tout recommencer. À Genève, la répétition d’une seule partie coûte 200 francs, celle de trois parties 500 francs, soit le prix d’une session complète.

Conseil RISTER

Traitez l’examen comme le chemin critique du projet, pas comme une formalité de fin de parcours. C’est la seule étape que ni la fiduciaire, ni l’avocat, ni l’assureur ne peuvent absorber à votre place : elle repose sur une personne physique identifiée, et tout le calendrier de lancement en dépend.

Autorisation d’exploiter

Les statuts se rédigent en fonction du dossier d’autorisation

Signature individuelle du responsable, but social couvrant la surveillance, la protection des personnes ou le transport de valeurs, siège physique dans le canton : ces points se règlent chez le notaire, pas devant la brigade. RISTER® constitue votre société en tenant compte de ce que l’autorité genevoise exigera ensuite.

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Les émoluments genevois et ce qu’ils ne couvrent pas

Les émoluments dus à l’autorité genevoise restent limités. Ils ne représentent qu’une fraction du coût réel d’entrée dans le métier, l’essentiel se situant dans l’assurance responsabilité civile, les locaux et la masse salariale.

Poste Montant à Genève
Autorisation d’exploiter 500 francs
Autorisation d’engager du personnel 300 francs
Examen concordataire complet 500 francs
Répétition d’une partie de l’examen 200 francs
Répétition de trois parties 500 francs
Reconnaissance d’autorisations Variable selon l’autorisation

Source : République et canton de Genève, page mise à jour le 4 février 2026.

Les postes qui pèsent réellement

  • Assurance responsabilité civile de 5 millions de francs : condition d’octroi de l’autorisation, charge annuelle récurrente, à négocier avant le dépôt du dossier.
  • Locaux dans le canton : bail commercial, avec les garanties et les charges qui l’accompagnent.
  • Constitution de la société : capital de 20 000 francs entièrement libéré pour une Sàrl, ou 100 000 francs souscrits dont 50 000 libérés pour une SA, auxquels s’ajoutent les frais de notaire et l’émolument du registre du commerce.
  • Autorisation d’engager, par agent : elle se demande pour chaque personne, ce qui transforme un recrutement en démarche administrative.

Le détail des étapes de constitution et des émoluments du registre figure dans notre guide de la création d’une société à Genève. La présente page ne traite que ce qui s’y ajoute pour une activité de sécurité.

Le siège physique exigé dans le canton

Genève conditionne l’autorisation à un siège social physique dans le canton. Une simple adresse de domiciliation ne satisfait pas cette exigence pour ce type d’activité, alors qu’elle convient à de nombreux autres secteurs.

Cette contrainte a une conséquence de calendrier : la signature du bail entre dans le chemin critique du projet, au même titre que l’examen du responsable. Elle a aussi une conséquence financière, puisqu’elle engage des charges fixes avant la première facturation.

La portée intercantonale de l’autorisation genevoise

L’autorisation délivrée par un canton concordataire est valable dans l’ensemble des six cantons signataires, pour une durée de quatre ans, renouvelable sur demande. Une entreprise dont le siège est à Genève peut donc intervenir dans le canton de Vaud, en Valais, à Neuchâtel, à Fribourg et dans le Jura sans nouvelle procédure d’autorisation.

Une réserve subsiste : l’exploitation d’une succursale dans un canton concordataire doit être annoncée à l’autorité du canton où elle se situe. Et cette portée s’arrête aux frontières du concordat. Berne et Zurich, qui appliquent leurs propres régimes, exigent une reconnaissance ou une autorisation distincte.

Engager un agent pour une manifestation

Pour engager temporairement une agente ou un agent de sécurité lors d’une manifestation, l’entreprise doit obtenir une autorisation d’engagement temporaire auprès de la brigade. Cette procédure spécifique existe parce que l’activité événementielle repose sur des renforts ponctuels, que le régime ordinaire d’autorisation par agent ne permet pas d’absorber.

Pour une entreprise genevoise, cette voie n’est pas marginale. Salons, congrès, manifestations sportives et culturelles concentrent une part importante de la demande, et sur des pics de quelques jours. La planifier revient à intégrer un délai administratif dans un cycle commercial qui, lui, se décide souvent tard.

Autoriser vos agents et les payer correctement

Chaque agent doit être couvert par une autorisation d’engager du personnel, distincte de l’autorisation d’exploiter. Elle n’est accordée que si l’agent est suisse, ressortissant de l’Union européenne ou de l’Association européenne de libre-échange, titulaire d’un permis d’établissement ou d’un permis de séjour depuis deux ans au moins, a l’exercice des droits civils, et n’a pas été condamné dans les dix ans précédant la requête pour des actes incompatibles avec l’activité.

Le chef de succursale doit en outre avoir réussi le même examen que le responsable et ne pas avoir fait l’objet d’actes de défaut de biens définitifs. Toute modification de l’état du personnel se communique immédiatement à l’autorité.

La convention collective de la branche

La convention collective de travail pour la branche privée de la sécurité est déclarée de force obligatoire. Elle s’applique aux entreprises comptant au moins dix employés ainsi qu’aux membres de l’association patronale de la branche. Elle fixe des salaires minimaux, une durée annuelle de travail comprise entre 1 801 et 2 300 heures, et une majoration en temps de 10 pour cent pour le travail de nuit, du dimanche et des jours fériés.

Catégorie Périmètre Minimum de la première année
A Mensualisés, 1 801 à 2 300 heures par année civile 54 270 francs pour 2 000 heures annuelles
B Mensualisés, 901 à 1 800 heures par année civile 35 560 francs pour 1 400 heures annuelles
C Rémunérés à l’heure, jusqu’à 900 heures par année civile 24.15 francs de l’heure sans indemnité de vacances, barème relevé de 2 pour cent au 1er janvier 2026

Source : convention collective nationale pour la branche privée de la sécurité, en vigueur depuis le 1er juillet 2014, état au 1er janvier 2026, publiée par l’office cantonal de l’inspection et des relations du travail.

À ces minima s’ajoutent des postes que les plans financiers omettent souvent : uniformes et équipement à la charge de l’employeur, allocation d’au moins 200 francs par mois pour les titulaires du brevet fédéral, quatre semaines de vacances dès la première année, et perte de gain maladie et maternité à 80 pour cent au minimum dès le deuxième jour.

Conseil RISTER

Le seuil de dix employés se modélise avant l’embauche. Passer de neuf à onze agents fait entrer toute la masse salariale dans le champ de la convention étendue, majorations de nuit comprises. Sur un dispositif de gardiennage nocturne, ces 10 pour cent d’heures majorées se répercutent directement sur le prix de vente, et se rattrapent mal une fois le contrat signé. Notre gestion des salaires intègre ces paramètres dès le premier bulletin.

Si vous complétez vos équipes par du personnel temporaire, l’agent mis à disposition doit lui aussi être autorisé, et l’entreprise qui fournit ce personnel relève de la loi sur le service de l’emploi. Les conditions figurent dans notre guide sur la création d’une agence de placement ou de location de services.

Contrôles, retrait et amendes

La brigade tient la liste des entreprises de sécurité et procède à des contrôles réguliers pour vérifier le respect du concordat. Les manquements se traduisent par des mesures administratives, et le cas échéant par des amendes pénales.

Les mesures administratives

L’autorité qui a accordé l’autorisation doit la retirer lorsque le titulaire ne remplit plus les conditions ou lorsqu’il contrevient gravement ou de manière répétée aux dispositions applicables. Elle peut aussi prononcer un avertissement ou une suspension d’un à six mois.

Une règle passe souvent inaperçue : l’autorisation est également retirée lorsqu’elle cesse d’être utilisée, ou lorsqu’il n’en est pas fait usage dans les six mois à compter de sa délivrance. Un projet qui prend du retard après l’obtention du titre peut donc le perdre.

Les amendes

Est passible de l’amende celui qui pratique comme agent de sécurité, chef de succursale ou responsable d’entreprise sans y être autorisé, celui qui utilise un chien sans autorisation, et le responsable qui emploie des personnes ou des chiens non autorisés. La négligence, la tentative et la complicité sont punissables, et l’action pénale se prescrit par cinq ans.

Armes et matériel

L’achat et le port d’arme relèvent de la législation fédérale sur les armes. Le concordat y ajoute une règle de discrétion : sur la voie publique et dans les lieux ouverts au public, les armes se portent de manière non apparente, à l’exception des armes longues des transports de sécurité, qui doivent rester dans le véhicule. Le matériel utilisé par les agents est soumis à l’approbation de l’autorité compétente, et l’usage d’un chien suppose une autorisation distincte.

FAQ : créer une entreprise de sécurité en Suisse

Quelle autorisation faut-il pour créer une entreprise de sécurité à Genève ?

Deux autorisations distinctes sont nécessaires : l’autorisation d’exploiter l’entreprise et l’autorisation d’engager du personnel. Toutes deux sont délivrées par la Brigade des armes, de la sécurité privée et des explosifs de la police cantonale genevoise. La demande se fait au moyen du formulaire officiel, avec un dossier complet reçu avant le passage de l’examen concordataire et selon le calendrier publié par la brigade.

Combien coûtent les autorisations à Genève ?

L’autorisation d’exploiter coûte 500 francs et l’autorisation d’engager du personnel 300 francs. L’examen concordataire complet coûte 500 francs, la répétition d’une partie 200 francs et celle de trois parties 500 francs. Ces montants ne comprennent ni la constitution de la société, ni le bail des locaux, ni la prime annuelle de l’assurance responsabilité civile de 5 millions de francs exigée par le concordat.

L’autorisation genevoise est-elle valable dans les autres cantons ?

Elle est valable dans l’ensemble des six cantons parties au concordat, soit Fribourg, Vaud, Valais, Neuchâtel, Genève et le Jura, pour une durée de quatre ans renouvelable. L’ouverture d’une succursale dans l’un de ces cantons doit toutefois être annoncée à l’autorité du canton concerné. Hors du concordat, notamment à Berne et à Zurich, une autorisation ou une reconnaissance distincte est nécessaire.

Une adresse de domiciliation suffit-elle pour une entreprise de sécurité ?

Non. Genève exige un siège social physique dans le canton pour délivrer l’autorisation d’exploiter une entreprise de sécurité privée. La signature du bail commercial fait donc partie du chemin critique du projet, au même titre que la réussite de l’examen du responsable, et elle engage des charges fixes avant la première mission facturée.

Une personne seule peut-elle créer une entreprise de sécurité ?

Oui, mais elle est soumise au même régime qu’une société employant du personnel. L’entreprise unipersonnelle doit obtenir l’autorisation d’exploiter, ce qui suppose que la personne remplisse les conditions de nationalité ou de permis, d’exercice des droits civils, de solvabilité et d’honorabilité, qu’elle ait réussi l’examen de responsable d’entreprise, et que l’entreprise soit assurée en responsabilité civile à hauteur de 5 millions de francs.

La convention collective s’applique-t-elle dès la création ?

La convention collective de travail pour la branche privée de la sécurité, déclarée de force obligatoire, s’applique aux entreprises comptant au moins dix employés ainsi qu’aux membres de l’association patronale de la branche. Une structure qui démarre en dessous de ce seuil n’y est pas soumise du seul fait de son activité, mais le franchissement du seuil fait entrer d’un coup toute la masse salariale dans un régime de salaires minimaux et de majorations pour le travail de nuit et du dimanche.

Sources

Conclusion

Créer une entreprise de sécurité en Suisse tient moins au capital qu’à la séquence. Les statuts doivent donner la signature individuelle au responsable, le but social doit couvrir l’activité, les locaux doivent être dans le canton, l’assurance responsabilité civile de 5 millions de francs doit être en place avant le dépôt, et l’examen concordataire ne se rattrape pas au dernier moment.

RISTER® est une fiduciaire établie à Genève depuis 25 ans. Nous constituons votre société en anticipant ce que la brigade exigera ensuite, puis nous prenons en charge la comptabilité, la TVA et la gestion des salaires d’une activité où la paie concentre le risque. Pour cadrer votre projet, écrivez-nous.

Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
Écrit par

Andrés Taracido

Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'Expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.