Ouvrir une bijouterie à Genève quand on vient de l’étranger : poinçon de maître, clientèle internationale, espèces et importation

par | 30 Oct, 2026

Ouvrir une bijouterie à Genève ne demande aucune autorisation, ni fédérale ni cantonale : une société inscrite au registre du commerce, une arcade et un stock suffisent pour commencer. Ce qui fait la différence à Genève, c’est la clientèle. Une partie paie en espèces, achète des pierres non serties ou propose de revendre de l’or, et chacune de ces situations a sa règle depuis la révision de la loi sur le blanchiment entrée en vigueur le 1er octobre 2026. Avant même la première vente, la loi sur le contrôle des métaux précieux impose deux marques sur chaque pièce en or, argent, platine ou palladium, y compris celles qui arrivent de Vicence, de Paris ou de Dubaï.

Ce que couvre ce guide

Il porte sur les magasins de bijoux, avec ou sans atelier. Le négoce de métaux précieux, l’affinage, la fonte et le commerce de diamants bruts relèvent d’autres régimes, plus exigeants, qui ne sont pas traités ici. Si votre projet est le négoce, lisez notre guide pour créer une société de négoce de matières premières à Genève.

Une bijouterie sans autorisation, des bijoux sous contrôle

Ni la Confédération ni le canton de Genève ne soumettent la vente de bijoux à autorisation, et aucun diplôme n’est exigé pour inscrire votre société. Le CFC de bijoutier-joaillier reste un atout pour un atelier de création ou de réparation, sans plus.

Le contrôle porte sur les pièces, pas sur le commerçant. La loi sur le contrôle des métaux précieux (LCMP) s’applique à tout ouvrage en or, argent, platine ou palladium mis dans le commerce en Suisse, et elle exclut la vente itinérante : le colportage de ces ouvrages est interdit, tout comme la prise de commandes par des voyageurs au détail (art. 23 LCMP).

Les deux marques de chaque bijou en métal précieux

Première marque, le titre : seuls les ouvrages en métaux précieux « pourvus de l’indication d’un titre légal » peuvent être mis dans le commerce (art. 7 al. 1 LCMP). Le titre exprime en millièmes la proportion de métal pur dans l’alliage (art. 3 al. 1 LCMP), et toutes les parties du bijou doivent l’atteindre au moins.

Seconde marque, le poinçon de maître : il identifie la personne responsable de la pièce (art. 9 et 10 LCMP) et doit être annoncé pour inscription au Bureau central du contrôle des métaux précieux (art. 11 al. 1 LCMP). Un détail compte pour un fondateur qui vit encore à l’étranger : si le titulaire du poinçon n’est pas inscrit au registre du commerce ou réside hors de Suisse, il peut être astreint à fournir des sûretés (art. 11 al. 2 LCMP). Enregistrer le poinçon au nom de votre société genevoise, inscrite au registre du commerce, simplifie la démarche.

Question Réponse de la loi Article
Le poinçonnement officiel est-il obligatoire pour une bague en or ? Non, il est facultatif pour les bijoux ; il n’est obligatoire que pour les boîtes de montre Art. 13 LCMP
Le poinçon français ou italien suffit-il ? Non, la pièce doit satisfaire à la loi suisse, poinçon de maître enregistré compris Art. 9, 11 et 20 LCMP
Peut-on écrire « or » sur un bijou plaqué ? Non, toute désignation trompeuse est interdite Art. 6 LCMP
Peut-on vendre en porte-à-porte ? Non, le colportage est interdit Art. 23 LCMP

Source : loi fédérale sur le contrôle des métaux précieux (LCMP), RS 941.31, état au 1er juillet 2023.

Votre bijouterie à Genève

Une société prête pour vos fournisseurs et pour les contrôles

Constitution de la Sàrl ou de la SA et inscription au registre du commerce de Genève, domiciliation, gérant résident si vous vivez encore à l’étranger, comptabilité du stock et des ventes, TVA et décomptes d’importation : RISTER® met en place et administre votre société pour que vous puissiez vous consacrer à vos clients.

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Recevoir des bijoux de l’étranger

Un bijou fabriqué hors de Suisse n’est vendable à Genève que s’il respecte la LCMP (art. 20 al. 1 LCMP). Le contrôle peut être intégral ou par sondage dès l’importation, et les pièces non conformes peuvent être séquestrées (art. 20 al. 3 LCMP). Envoyez votre poinçon de maître à vos ateliers avant la commande : une pièce livrée sans lui ne peut pas entrer en vitrine en l’état.

Depuis le 1er janvier 2024, les bijoux entrent en Suisse sans droits de douane, comme tous les produits industriels. Seule la TVA d’importation de 8,1 % est perçue, et votre société la déduit ensuite comme impôt préalable dès qu’elle est assujettie.

Clients qui paient en espèces : les deux seuils

Une bijouterie qui accepte des espèces est un négociant au sens de la loi sur le blanchiment d’argent (art. 2 al. 1 let. b LBA). Elle doit identifier son client et l’ayant droit économique, et conserver les documents, dès que le paiement en espèces dépasse un seuil (art. 8a LBA). Les acomptes et paiements fractionnés s’additionnent (art. 8a al. 3 LBA). Depuis le 1er octobre 2026, l’ordonnance précise ce qui relève de chaque seuil (art. 15a OBA) :

  • Plus de 100 000 francs : bijoux finis, bagues serties, colliers.
  • Plus de 15 000 francs : lingots et produits de la fonte, matières pour la fonte comme le vieil or, produits semi-ouvrés, et les rubis, saphirs, émeraudes et diamants non enfilés, non montés et non sertis.

Conseil RISTER

À Genève, le risque se trouve rarement sur la bague exposée en vitrine, mais sur la pierre non sertie vendue sur rendez-vous. Préparez un formulaire d’identification et une procédure écrite pour vos vendeurs avant l’ouverture, et décidez si vous acceptez ou non les espèces au-delà d’un certain montant. Le paiement par carte ou virement ne déclenche pas ces obligations.

Reprendre l’or de vos clients

Reprendre un vieux bijou en or contre une pièce neuve, ou racheter de l’or pour le revendre à un affineur, c’est acheter des « matières pour la fonte ». Depuis le 1er janvier 2023, quiconque en fait métier doit s’assurer de la provenance de la marchandise et la documenter (art. 31a al. 1 LCMP). Inscrite au registre du commerce, votre société doit en plus s’enregistrer auprès du Bureau central (art. 31a al. 2 LCMP). Les seuils d’espèces de la LBA ne jouent pas ici, puisque c’est la boutique qui paie : ils visent l’argent qu’elle reçoit, par exemple si elle revend cet or contre des espèces. Le Bureau central renseigne sur ce qui constitue un achat « par métier » au sens de l’ordonnance.

Matières protégées : ivoire, corail, écaille

Les bijoux en ivoire, en certains coraux ou en écaille relèvent de la loi sur la circulation des espèces de faune et de flore protégées. Leur importation exige une autorisation de l’OSAV (art. 7 LCITES), le commerce professionnel suppose un registre (art. 11 LCITES), et l’acheteur doit recevoir les preuves de l’origine légale (art. 10 LCITES). Vérifiez l’espèce de chaque pièce avant de l’accepter en stock ou en dépôt-vente.

Swiss made : une mention à manier avec soin

Un bijou peut être dit suisse si au moins 60 % de son coût de revient est réalisé en Suisse et si l’étape essentielle de sa fabrication s’y déroule (art. 48c LPM). Une bijouterie qui importe ses pièces ne peut donc pas les présenter comme suisses ; un atelier genevois qui crée et fabrique ses bijoux le peut, s’il documente ses coûts. Notre article sur le label Swiss made détaille les conditions et les contrôles.

Constituer votre société à Genève

Ressortissant de l’Union européenne ou de l’AELE, vous obtenez un titre de séjour d’au moins cinq ans si vous prouvez que vous vous établissez à Genève pour une activité indépendante (accord sur la libre circulation, annexe I, art. 12). Ressortissant d’un autre État, votre admission dépend de l’intérêt économique du projet, de ses conditions financières et de vos ressources (art. 19 LEI). Dans les deux cas, la société doit être représentée par une personne domiciliée en Suisse (art. 814 al. 3 et 718 al. 4 CO).

La Sàrl, avec 20 000 francs entièrement libérés, suffit à une boutique ; la SA, avec 100 000 francs dont 50 000 au moins libérés, rassure fournisseurs et assureurs quand le stock dépasse quelques centaines de milliers de francs. La TVA s’applique dès 100 000 francs de chiffre d’affaires (art. 10 al. 2 let. a LTVA). Notre guide sur la création d’une société à Genève détaille les étapes.

Un cas concret : un joaillier libanais à Genève

Un joaillier établi à Beyrouth ouvre une boutique à Genève, rive gauche. Sa SA genevoise enregistre un poinçon de maître auprès du Bureau central ; comme elle est inscrite au registre du commerce, la question des sûretés ne se pose pas en principe. Il fait monter sur commande des diamants qu’il achète non sertis. Un client propose de payer 18 000 francs en billets une émeraude non sertie : la vente relève du seuil de 15 000 francs, et la boutique identifie le client et l’ayant droit économique avant d’accepter. Un autre client paie 40 000 francs en espèces une bague sertie terminée : seuil de 100 000 francs, pas d’obligation LBA. Les pièces fabriquées à Beyrouth ne portent aucune mention « Swiss made ».

FAQ : ouvrir une bijouterie à Genève

Faut-il une autorisation pour ouvrir une bijouterie à Genève ?

Non. Ni la Confédération ni le canton n’exigent d’autorisation pour vendre des bijoux. Les obligations portent sur les pièces : indication du titre et poinçon de maître enregistré pour tout bijou en or, argent, platine ou palladium (art. 7, 9 et 11 LCMP).

Quelles marques doit porter un bijou en or vendu à Genève ?

L’indication d’un titre légal, exprimé en millièmes, et le poinçon de maître enregistré auprès du Bureau central. Le poinçonnement officiel par un bureau de contrôle est facultatif pour les bijoux, obligatoire seulement pour les boîtes de montre (art. 13 LCMP).

Une bijouterie genevoise peut-elle racheter de l’or ?

Oui, en documentant la provenance de l’or et en s’enregistrant auprès du Bureau central si elle en fait métier et est inscrite au registre du commerce (art. 31a LCMP). Les seuils d’espèces de la LBA visent ce que la boutique encaisse, pas ce qu’elle paie.

Que faire quand un client paie en espèces ?

Identifier le client et l’ayant droit économique et conserver les documents au-delà de 100 000 francs pour un bijou fini, et au-delà de 15 000 francs pour les pierres non serties, lingots, vieil or et produits semi-ouvrés (art. 8a LBA, art. 15a OBA). Les paiements fractionnés s’additionnent.

Peut-on vendre des bijoux en ivoire ou en corail ?

Seulement avec les preuves de leur origine légale. L’importation d’objets issus d’espèces protégées exige une autorisation de l’OSAV, et le commerçant professionnel tient un registre et remet les preuves à l’acheteur (art. 7, 10 et 11 LCITES).

Un bijou importé peut-il être vendu comme Swiss made ?

Non. La provenance suisse suppose au moins 60 % du coût de revient en Suisse et l’étape essentielle de fabrication en Suisse (art. 48c LPM). Un bijou seulement importé et vendu à Genève ne remplit pas ces conditions.

Sources

Conclusion

Ouvrir une bijouterie à Genève ne passe par aucune autorisation, mais par une discipline : un poinçon de maître enregistré avant la première commande, des bijoux importés conformes à la loi suisse, deux seuils d’espèces à connaître par cœur, un registre pour l’or racheté et les matières protégées, et une mention « Swiss made » réservée à ce qui est fabriqué ici. RISTER accompagne les bijouteries genevoises dans leur constitution puis dans leur comptabilité, leur TVA et leurs importations, sous la conduite d’Andrés Taracido, fort de plus de 25 ans d’expérience fiduciaire.

Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
Écrit par

Andrés Taracido

Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.