Ouvrir un cabinet de courtage en assurance à Genève ne se décide pas sur la forme juridique. Tout part d’une qualification légale : êtes-vous un intermédiaire lié ou non lié ? Depuis la révision de la loi sur la surveillance des assurances, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, seuls les intermédiaires non liés s’inscrivent au registre de la FINMA, et ils n’ont le droit d’exercer que s’ils y sont inscrits.
Cette indépendance n’est pas une posture commerciale mais une définition : les non liés entretiennent des rapports de loyauté avec les preneurs d’assurance et agissent dans leur intérêt. Un accord commercial qui vide cette position de son contenu ne pose pas un problème d’image, il fait tomber la qualification qui fonde l’inscription. RISTER® cadre ce point avant la constitution, puis administre le cabinet une fois lancé.
Sommaire
- Lié ou non lié : la qualification avant tout
- Les quatre conditions d’inscription au registre
- Formation, examen d’agrément et recertification
- Ce que coûte l’enregistrement
- La société genevoise : forme, but social, gouvernance
- Information du client et divulgation des indemnités
- Les pièges qui font tomber la qualification
Lié ou non lié : la qualification avant tout
La loi ouvre par une définition volontairement large : par intermédiaire d’assurance, on entend toute personne qui, quelle que soit sa désignation, propose ou conclut un contrat d’assurance dans l’intérêt d’une entreprise d’assurance ou d’une autre personne. Aucun titre commercial ne met à l’abri : conseiller, apporteur, partenaire, la désignation est explicitement écartée par le texte.
La ligne de partage vient ensuite, et elle décrit une position plutôt qu’une liste de critères. Les intermédiaires d’assurance non liés entretiennent des rapports de loyauté avec les preneurs d’assurance et agissent dans l’intérêt de ces derniers ; tous les autres intermédiaires d’assurance sont considérés comme liés.
| Élément | Non lié | Lié |
|---|---|---|
| Position légale | Loyauté envers le preneur, agit dans son intérêt | Toute autre situation |
| Registre de la FINMA | Inscription obligatoire, l’exercice en dépend | En principe plus inscrit |
| Cumul des deux statuts | Interdit par la loi | |
| Indemnités de tiers | Doit informer de celles reçues d’assureurs ou d’autres tiers | Obligation d’information générale |
| Rapport annuel à la FINMA | Obligatoire | Non concerné |
Deux conséquences pratiques en découlent. La première a modifié la lecture même du registre : les intermédiaires liés n’y figurent en principe plus, si bien qu’une absence d’inscription ne signifie plus la même chose qu’avant 2024 pour un client qui vérifie. La seconde est l’interdiction de cumuler : la loi prohibe d’exercer à la fois en qualité d’intermédiaire lié et en qualité d’intermédiaire non lié. Un cabinet qui servirait certains clients en toute indépendance et d’autres sous mandat d’un assureur ne pratique pas un modèle mixte, il se met en infraction. Deux sociétés sœurs animées par les mêmes personnes ne règlent pas davantage la question.
La loi ferme la chaîne des deux côtés : il est interdit d’exercer en faveur d’entreprises d’assurance non autorisées, et les entreprises d’assurance ne peuvent pas collaborer avec des intermédiaires non enregistrés.
Les quatre conditions d’inscription au registre
L’inscription n’est pas une déclaration postérieure au démarrage : les intermédiaires non liés n’ont le droit d’exercer leur activité que s’ils sont inscrits. Quatre conditions cumulatives la commandent.
- Disposer d’un siège, d’un domicile ou d’une succursale en Suisse. Un cabinet étranger qui veut servir des preneurs suisses doit donc créer ce point d’ancrage avant toute démarche.
- Jouir d’une bonne réputation et offrir les garanties du respect des obligations découlant de la loi.
- Disposer des capacités et des connaissances nécessaires ou, pour un employeur, compter suffisamment d’employés qui y satisfont. Une société n’a donc pas besoin que chacun soit qualifié, mais elle doit en compter assez qui le soient, et suivre nominativement ces personnes.
- Avoir conclu une assurance responsabilité civile professionnelle ou disposer de garanties financières équivalentes.
La troisième condition est celle qui fixe le calendrier, parce qu’elle passe par un examen.
Formation, examen d’agrément et recertification
La loi confie aux entreprises d’assurance et aux intermédiaires le soin de définir des normes minimales de formation initiale et continue par branche, le Conseil fédéral fixant les exigences à défaut. Ces normes minimales sont entrées en vigueur le 1er octobre 2024, portées par l’Association pour la formation professionnelle en assurance.
Le dispositif comporte deux temps. L’intermédiaire réussit d’abord un examen en vue de l’agrément, proposé dans différents profils : cette réussite est une condition préalable à l’exercice d’une activité d’intermédiaire dans la branche d’assurance concernée. Il passe ensuite un examen de recertification, tous les intermédiaires étant convoqués à ces contrôles en ligne tous les deux ans.
C’est la session d’examen qui fixe la date d’ouverture, pas l’inverse. La réussite de l’examen d’agrément conditionne l’exercice dans la branche concernée, et l’inscription au registre conditionne le droit d’exercer comme non lié. Un projet qui commence par la signature de mandats de courtage en comptant régulariser ensuite part donc dans le mauvais ordre. Nous n’accompagnons aucun montage destiné à contourner cette antériorité, et lorsque votre situation se situe à la frontière des définitions, adressez-vous à la FINMA ou à un avocat spécialisé avant de contracter.
Ce que coûte l’enregistrement
La révision a introduit une taxe de surveillance annuelle, qui n’existait pas auparavant pour les intermédiaires enregistrés.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Enregistrement unique, personne physique | CHF 350 |
| Enregistrement unique, personne morale | CHF 750 |
| Taxe de surveillance annuelle, montant fixé pour 2024 | CHF 475 |
Ces montants ne représentent pas le coût réel d’un lancement. La charge se situe dans la formation, dans la responsabilité civile professionnelle et dans la construction de la documentation client. La procédure passe par la plateforme de la FINMA, et l’intermédiaire non lié doit ensuite rendre compte annuellement à l’autorité. Aucun délai d’obtention ne peut être annoncé : il dépend de la complétude du dossier.
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La société genevoise : forme, but social, gouvernance
Le choix de la forme suit la logique habituelle, avec une nuance propre au métier. La raison individuelle ne demande aucun capital et s’inscrit au registre du commerce dès 100 000 francs de recettes annuelles, mais elle laisse le patrimoine personnel exposé, ce qui pèse dans une activité de conseil engageant une responsabilité professionnelle. La société à responsabilité limitée demande 20 000 francs de capital intégralement libérés et convient à la plupart des cabinets. La société anonyme demande 100 000 francs, dont 50 000 au moins libérés, et s’impose lorsque plusieurs associés entrent au capital ou qu’une cession du portefeuille est envisagée à terme. Le déroulé complet figure dans notre guide de la création d’une société à Genève, et nous le prenons en charge dans le cadre de notre service de création de société à Genève.
Le but social demande davantage d’attention qu’on ne lui en accorde d’ordinaire. Il doit décrire l’intermédiation en assurance telle qu’elle sera réellement exercée, sans y ajouter par confort des activités qui relèvent d’autres régimes : le conseil en placement et la gestion de fortune relèvent d’autres lois et de leurs propres autorisations, comme le détaille notre guide pour créer une société de gestion de fortune à Genève. Un but social trop large crée une apparence d’activité non autorisée, et il se corrige ensuite par un acte notarié.
Reste la gouvernance des compétences. Puisque la loi permet à un employeur de satisfaire à l’exigence de capacités en comptant suffisamment d’employés qualifiés, le départ d’une personne clé peut fragiliser l’inscription du cabinet. Cela se suit, et cela s’anticipe dans le plan de formation.
Information du client et divulgation des indemnités
Avant la conclusion du contrat, l’intermédiaire informe le preneur d’assurance sur des points précis : son nom et son adresse, le genre d’intermédiation qu’il exerce en indiquant s’il est lié ou non lié et, le cas échéant, le nom des entreprises d’assurance pour lesquelles il agit, la manière d’accéder à l’information sur sa formation, l’identité de la personne responsable en cas de faute, et le traitement des données qu’il opère.
S’y ajoute, pour les non liés, l’obligation d’informer des indemnités reçues de la part d’entreprises d’assurance ou d’autres tiers. C’est le point où la cohérence du modèle se vérifie. Un intermédiaire qui se présente comme non lié, donc agissant dans l’intérêt du preneur, tout en percevant d’un assureur une rémunération qu’il ne divulgue pas, contredit la définition qui fonde son inscription. Le sujet dépasse la déontologie : c’est la qualification qui vacille, et avec elle le droit d’exercer.
Les pièges qui font tomber la qualification
Le premier est le cumul déguisé : servir certains clients en indépendant et d’autres sous mandat d’un assureur. L’interdiction est expresse, et elle ne se contourne pas par une seconde structure.
Le deuxième est l’accord commercial qui vide l’indépendance de sa substance : exclusivité de fait, objectifs de volume, rémunération conditionnée au placement d’un produit. Aucun de ces éléments n’est illicite isolément, mais leur accumulation contredit la position de loyauté envers le preneur.
Le troisième est l’oubli de la divulgation des indemnités, souvent par habitude d’un marché où elle n’était pas exigée avant la révision.
Le quatrième est le démarrage avant l’inscription, ou dans une branche pour laquelle l’examen d’agrément n’a pas été réussi.
Le cinquième tient à la responsabilité civile professionnelle : une couverture souscrite tardivement, ou dont les montants et les exclusions n’ont pas été confrontés aux risques réellement placés, ne remplit pas solidement la condition légale.
FAQ : créer une société de courtage en assurance à Genève
Faut-il une autorisation de la FINMA pour ouvrir un cabinet de courtage ?
Il ne s’agit pas d’une autorisation au sens des entreprises d’assurance, mais d’une inscription au registre de la FINMA, obligatoire pour les intermédiaires non liés, qui n’ont le droit d’exercer que s’ils y sont inscrits. Depuis la révision de la loi, les intermédiaires liés ne sont en principe plus inscrits au registre.
Comment savoir si je suis un intermédiaire lié ou non lié ?
La loi décrit une position et non une forme contractuelle : les non liés entretiennent des rapports de loyauté avec les preneurs d’assurance et agissent dans leur intérêt, tous les autres étant considérés comme liés. Un accord d’exclusivité, des objectifs de volume ou une rémunération conditionnée au placement d’un produit sont autant d’éléments qui déplacent cette position. Le cumul des deux statuts est par ailleurs interdit.
Quelles conditions faut-il remplir pour être inscrit ?
Quatre conditions cumulatives : disposer d’un siège, d’un domicile ou d’une succursale en Suisse ; jouir d’une bonne réputation et offrir les garanties du respect des obligations légales ; disposer des capacités et connaissances nécessaires ou, pour un employeur, compter suffisamment d’employés qui y satisfont ; avoir conclu une assurance responsabilité civile professionnelle ou disposer de garanties financières équivalentes.
Quels sont les frais d’enregistrement auprès de la FINMA ?
Les frais uniques s’élèvent à 350 francs pour une personne physique et à 750 francs pour une personne morale. Depuis le 1er janvier 2024, les intermédiaires enregistrés s’acquittent en outre d’une taxe de surveillance annuelle, dont le montant a été fixé à 475 francs pour 2024. La formation et la responsabilité civile professionnelle s’ajoutent à ces montants.
Quelle formation faut-il avoir pour exercer ?
Les normes minimales de formation sont entrées en vigueur le 1er octobre 2024. L’intermédiaire doit réussir un examen en vue de l’agrément, proposé dans différents profils, dont la réussite est une condition préalable à l’exercice dans la branche concernée, puis passer un examen de recertification, tous les intermédiaires étant convoqués à ces contrôles en ligne tous les deux ans.
Un courtier doit-il révéler les commissions versées par les assureurs ?
Les intermédiaires non liés doivent informer des indemnités reçues de la part d’entreprises d’assurance ou d’autres tiers. Cette information s’ajoute à l’obligation générale portant sur le nom et l’adresse de l’intermédiaire, le genre d’intermédiation exercé, l’accès à l’information sur la formation, l’identité de la personne responsable en cas de faute et le traitement des données.
Sources
- Loi fédérale sur la surveillance des entreprises d’assurance (LSA, RS 961.01), art. 40, 41, 43, 44 et 45, état au 1er janvier 2024
- FINMA, Intermédiation d’assurance : registre, conditions d’enregistrement, émoluments et obligation de rendre compte
- Loi fédérale sur les services financiers (LSFin, RS 950.1), pour la frontière avec les services financiers
Conclusion
Créer une société de courtage en assurance à Genève tient en une chaîne dont chaque maillon commande le suivant. La qualification de lié ou non lié détermine l’obligation d’inscription. L’inscription suppose un ancrage suisse, une réputation, des capacités validées par un examen d’agrément et une responsabilité civile professionnelle. Et le maintien de la qualification dépend ensuite de la cohérence entre le modèle de rémunération et l’indépendance revendiquée. La forme juridique et le capital, qui occupent souvent l’essentiel des premières discussions, viennent après.
RISTER – Fiduciaire à Genève cadre la qualification et le but social avant la constitution, prend en charge la société et son inscription au registre du commerce, puis la comptabilité, la TVA et les salaires du cabinet, dans le cadre de notre service d’administration générale, comptabilité, salaires et fiscalité. Nous n’accompagnons que des projets qui tiennent debout dans la durée, et nous le disons quand une étape manque. Pour en parler, contactez-nous.
