Le 13ème salaire en Suisse : obligations de l’employeur, calcul et prorata

par | Mis à jour le 11 Aug 2026

Le 13ème salaire n’est pas obligatoire en Suisse : aucune disposition du Code des obligations ne l’impose. Il devient toutefois dû dès qu’il est prévu par le contrat de travail, par une convention collective (CCT) ou par un usage constant de l’entreprise. Son montant correspond en principe à un douzième du salaire annuel brut — un mois de salaire supplémentaire — versé le plus souvent en décembre, et calculé au prorata en cas d’entrée ou de sortie en cours d’année. RISTER®, fiduciaire à Genève depuis 25 ans, fait le point sur vos obligations d’employeur, le calcul et le traitement social et fiscal du treizième.

Le 13e salaire est-il obligatoire en Suisse ?

Non : la loi suisse n’impose aucun 13e salaire. Le Code des obligations ne contient aucune disposition obligeant un employeur à verser une rémunération annuelle supplémentaire. Le treizième relève de l’accord entre les parties, pas d’une exigence légale.

Il devient en revanche obligatoire dans trois situations :

  • le contrat de travail le prévoit — le cas le plus fréquent en Suisse, où le treizième est devenu la norme de fait dans la plupart des branches ;
  • une CCT applicable l’impose — notamment dans la construction, l’hôtellerie-restauration, le nettoyage ou la vente, où les conventions de force obligatoire fixent aussi les modalités de prorata et d’échéance ;
  • un usage constant s’est installé — un employeur qui l’a versé plusieurs années de suite, sans réserve, ne peut plus le supprimer unilatéralement : le collaborateur peut s’en prévaloir comme d’un droit acquis.

La bonne question pour un employeur n’est donc pas « la loi m’y oblige-t-elle ? », mais « me suis-je engagé, par écrit ou par mon comportement, à le verser ? ». C’est le point à clarifier avant toute embauche, et à formaliser noir sur blanc dans le contrat.

13e salaire ou gratification : la distinction qui engage

La distinction est décisive sur le plan juridique : la gratification (art. 322d CO) reste une rétribution spéciale facultative, dont l’employeur fixe librement le montant, tandis qu’un 13e salaire convenu constitue un élément de salaire dû, exigible comme le salaire mensuel lui-même.

La frontière tient à la formulation et à la pratique. Une prime expressément qualifiée de « facultative », au montant variable décidé chaque année, reste une gratification. À l’inverse, un montant fixe déterminé d’avance — un mois de salaire — versé sans réserve année après année se transforme en 13e salaire : la jurisprudence du Tribunal fédéral requalifie en salaire les bonus devenus réguliers et prévisibles.

Critère Gratification (art. 322d CO) 13e salaire
Nature juridique Rétribution spéciale, facultative Élément de salaire, dû
Montant Fixé librement par l’employeur Déterminé d’avance (1 mois de salaire)
Base du droit Convention, avec réserve du caractère facultatif Contrat, CCT ou usage constant
Prorata en cas de départ En principe non dû si non convenu Dû au prorata des mois travaillés

Source : Code des obligations, art. 322d ; jurisprudence du Tribunal fédéral sur la requalification des gratifications en salaire.

Conseil RISTER

Si vous souhaitez qu’une prime reste facultative, écrivez la réserve dans le contrat et répétez-la à chaque versement. Un bonus versé trois ou quatre années de suite au même montant, sans réserve, risque d’être requalifié en 13e salaire obligatoire — que vous devrez alors verser au prorata même en cas de départ en cours d’année.

Calcul du 13e salaire et prorata

Le 13e salaire correspond à un douzième du salaire annuel brut, soit un mois de salaire supplémentaire. La formule : 13e salaire = salaire annuel brut ÷ 12. Pour un collaborateur payé CHF 6’500 bruts par mois, le treizième plein s’élève à CHF 6’500. Il se calcule sur le brut convenu ; sauf clause contraire du contrat ou de la CCT, les éléments variables (heures supplémentaires, commissions) n’entrent en principe pas dans la base.

En cas d’entrée ou de sortie en cours d’année, le treizième est dû au prorata des mois effectivement travaillés : 13e plein × (mois travaillés ÷ 12), au jour près pour les mois entamés.

Situation Mois travaillés Calcul 13e salaire dû
Année complète 12 / 12 6’500 × 12/12 CHF 6’500
Entrée le 1er avril 9 / 12 6’500 × 9/12 CHF 4’875
Départ le 30 septembre 9 / 12 6’500 × 9/12 CHF 4’875
Entrée le 16 avril ≈ 8,5 / 12 6’500 × 8,5/12 ≈ CHF 4’604

Exemples sur un salaire mensuel brut de CHF 6’500 (13e plein = CHF 6’500), montants bruts avant cotisations sociales.

Important

Le prorata est dû quel que soit le motif de fin de contrat — licenciement ou démission compris —, la seule exception admise étant le licenciement immédiat pour justes motifs imputable au collaborateur. Une clause conditionnant le treizième à la présence du salarié au 31 décembre est en principe inopposable pour un 13e salaire qualifié d’élément de salaire.

Décembre, deux fois par an ou mensualisé

Le 13e salaire est le plus souvent versé en une fois, avec le salaire de décembre. Deux variantes sont admises, pour autant qu’elles soient formalisées dans le contrat : le fractionnement en deux versements (juin et décembre), qui lisse la trésorerie du collaborateur, et la mensualisation, où un douzième du treizième s’ajoute à chaque paie.

La mensualisation doit apparaître clairement sur la fiche de salaire — à défaut, le collaborateur pourrait réclamer un treizième en fin d’année alors qu’il l’a déjà perçu au fil des mois. Quelle que soit la modalité, le montant annuel total convenu doit être respecté.

Cotisations sociales et impôt à la source

Le 13e salaire est un élément de salaire à part entière : il supporte les mêmes cotisations que le salaire ordinaire — AVS/AI/APG (5,3 % de part salariale), assurance-chômage (1,1 % jusqu’à CHF 148’200 de salaire annuel), LPP et AANP — et entre intégralement dans le revenu imposable. Il n’existe aucun régime de faveur.

Pour les collaborateurs imposés à la source (frontaliers, permis B et L), le treizième s’ajoute au revenu du mois de versement : le barème s’applique sur le total du mois, ce qui explique le taux plus élevé affiché sur la fiche de décembre. Côté employeur, les charges patronales portent également sur le treizième — toute rémunération convenue sur 13 mois coûte donc 13 mois de charges, un paramètre à intégrer au budget.

CCT, fiche et certificat de salaire

De nombreuses conventions collectives rendent le treizième obligatoire dans leur branche, même sans clause dans le contrat individuel. Une entreprise soumise à une CCT étendue doit le verser aux conditions conventionnelles, qui priment sur un contrat moins favorable. Pour les sociétés étrangères qui recrutent en Suisse, c’est un angle mort classique : l’assujettissement à une CCT dépend de l’activité réelle de l’entreprise, et l’ignorer expose à des rappels de salaire.

Sur le plan documentaire, le 13e salaire figure comme une ligne distincte sur la fiche de salaire du mois de versement, avant le calcul des déductions. Au niveau annuel, il est intégré au salaire brut total reporté au chiffre 1 du certificat de salaire, sans rubrique séparée. Cette traçabilité conditionne la conformité de la paie et la déclaration d’impôt du collaborateur.

FAQ : 13e salaire en Suisse

Le 13ème salaire est-il obligatoire en Suisse ?

Non, aucune loi n’impose le 13e salaire en Suisse : le Code des obligations ne le prévoit pas. Il devient obligatoire lorsqu’il est inscrit dans le contrat de travail, imposé par une convention collective applicable ou installé par un usage constant de l’entreprise. Dans ces trois cas, il constitue un élément de salaire dû, exigible comme le salaire mensuel.

Comment se calcule le 13e salaire ?

Le 13e salaire correspond à un douzième du salaire annuel brut, soit un mois de salaire supplémentaire. Pour un salaire mensuel de CHF 6’500, le treizième plein vaut CHF 6’500. En cas d’entrée ou de sortie en cours d’année, il se calcule au prorata des mois travaillés : un collaborateur présent neuf mois perçoit CHF 4’875.

Le 13e salaire est-il dû si le collaborateur quitte l’entreprise en cours d’année ?

Oui, au prorata des mois travaillés, quel que soit le motif du départ — démission ou licenciement compris. Le montant est versé avec le solde de tout compte. La seule exception admise est le licenciement immédiat pour justes motifs imputable au collaborateur. Une clause exigeant la présence au 31 décembre est en principe inopposable.

Le 13e salaire est-il soumis aux cotisations sociales ?

Oui, intégralement : AVS/AI/APG (5,3 %), assurance-chômage (1,1 %), LPP et AANP s’appliquent au treizième comme au salaire ordinaire, et l’employeur paie ses charges patronales dessus. Pour les salariés imposés à la source, le treizième s’ajoute au revenu du mois de versement et peut faire monter le taux du barème appliqué ce mois-là.

Quelle différence entre un bonus et un 13e salaire ?

Le 13e salaire est un montant fixe convenu d’avance — un mois de salaire — qui constitue un élément de salaire dû, prorata inclus. Le bonus ou la gratification (art. 322d CO) reste facultatif et modulable, à condition que l’employeur en réserve expressément le caractère discrétionnaire. Un bonus régulier, constant et versé sans réserve peut être requalifié en 13e salaire par les tribunaux.

Sources

Conclusion

Le 13e salaire n’est pas une obligation légale en Suisse, mais il le devient dès qu’il figure au contrat, dans une CCT ou dans un usage constant — et il engage alors l’employeur au prorata, cotisations et charges patronales comprises. Formuler clairement ce qui relève du salaire et ce qui reste une gratification facultative, puis documenter chaque versement sur la fiche et le certificat de salaire, protège l’entreprise autant que le collaborateur.

RISTER®, fiduciaire à Genève depuis 25 ans, sécurise le traitement des 13e salaires dans les paies qu’elle administre : rédaction des clauses, calcul des proratas, décomptes sociaux et certificats. Pour fiabiliser votre paie, découvrez notre service de gestion des salaires ou contactez notre équipe.

Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
Écrit par

Andrés Taracido

Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'Expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.