Créer une société de trust à Genève revient à demander à la FINMA le droit d’administrer, pour des tiers, des trusts régis par un droit étranger. Depuis la communication FINMA 01/2024, un seul trust dont le patrimoine dépasse 5 millions de francs suffit à rendre l’activité professionnelle et l’autorisation obligatoire. Le dossier exige une affiliation à un organisme de surveillance avant le dépôt, deux dirigeants qualifiés, une direction effective en Suisse et 100 000 francs de capital libérés en espèces ; l’inscription au registre du commerce de Genève ne vient qu’ensuite. Voici, pour l’entrepreneur venu de l’étranger, l’ordre des démarches et les points que la FINMA examine.
Sommaire
- Ce que la loi appelle un trustee
- Le trust : un droit étranger reconnu par la Convention de La Haye
- Le seuil des 5 millions et les autres critères
- Créer une société de trust à Genève : l’ordre des démarches
- Les conditions d’organisation examinées par la FINMA
- Organisme de surveillance : deux sur quatre siègent à Genève
- Des dirigeants venus de l’étranger
- STEP à Genève : une affiliation volontaire
- Erreurs fréquentes
- FAQ
Ce que la loi appelle un trustee
La loi fédérale sur les établissements financiers (LEFin) définit le trustee par trois éléments : une activité professionnelle, un patrimoine distinct et l’acte constitutif d’un trust. L’art. 17 al. 2 le formule ainsi : « Est réputé trustee quiconque, à titre professionnel, gère un patrimoine distinct ou en dispose en faveur d’un bénéficiaire ou dans un but déterminé, sur la base de l’acte constitutif d’un trust au sens de la Convention du 1 juillet 1985 relative à la loi applicable au trust et à sa reconnaissance. »
Le contenu du métier est précisé à l’art. 19 al. 2 : « Le trustee gère le patrimoine distinct, veille au maintien de sa valeur et l’utilise conformément à son affectation. » Il peut y ajouter le conseil en placement et l’analyse de portefeuille (al. 3). Gérer des portefeuilles de clients hors de tout trust relève en revanche d’un autre métier, celui de gestionnaire de fortune, avec sa propre autorisation : notre article sur la création d’une société de gestion de fortune à Genève traite ce cas. Le trustee qui veut exercer les deux demande une autorisation complémentaire (art. 20 al. 2 OEFin).
Le trust : un droit étranger reconnu par la Convention de La Haye
Une société de trust genevoise n’administre que des trusts de droit étranger, car la Suisse n’a pas légiféré sur cette institution. Elle a choisi la reconnaissance : la Convention de La Haye relative à la loi applicable au trust et à sa reconnaissance, s’applique en Suisse depuis le 1er juillet 2007.
- Loi applicable : c’est le constituant qui la choisit (art. 6 de la Convention), en pratique un droit qui connaît le trust, comme le droit anglais.
- Masse distincte : reconnu en Suisse, le trust implique que ses biens échappent au patrimoine personnel du trustee ; dans la mesure prévue par la loi du trust, ses créanciers personnels ne peuvent pas les saisir et ils restent séparés en cas de faillite (art. 11).
- LDIP : les art. 149a à 149d organisent le for, le droit applicable et la mention du trust au registre foncier ; sans cette mention, le lien avec un trust « n’est pas opposable aux tiers de bonne foi » (art. 149d).
Un trust de droit suisse a été envisagé, puis abandonné. Dans son communiqué du 15 septembre 2023, l’Office fédéral de la justice titrait : « Le trust suisse n’est pas susceptible de rassembler une majorité politique ». Le Conseil des États a classé la motion 18.3383 le 12 décembre 2023, le Conseil national le 27 février 2024.
Le seuil des 5 millions et les autres critères
L’autorisation de trustee devient obligatoire dès que l’activité est exercée à titre professionnel, c’est-à-dire comme « activité économique indépendante exercée en vue d’obtenir un revenu régulier » (art. 3 LEFin). L’art. 19 OEFin la chiffre.
| Situation | Autorisation FINMA ? | Fondement |
|---|---|---|
| Un trust de 6 millions de francs pour un client sans lien familial | Oui : le patrimoine du trust dépasse 5 millions | Art. 19 al. 1 let. c OEFin ; communication FINMA 01/2024 |
| Des honoraires de trustee supérieurs à 50 000 francs sur l’année civile | Oui | Art. 19 al. 1 let. a OEFin |
| Plus de 20 relations d’affaires durables dans l’année | Oui | Art. 19 al. 1 let. b OEFin |
| Le trust de sa propre famille, et lui seul | Non, hors champ de la loi | Art. 2 al. 2 let. a LEFin |
| Un avocat trustee couvert par le secret professionnel | Seulement dans la mesure de ce secret ; à faire vérifier | Art. 2 al. 2 let. c LEFin |
Sources : LEFin (RS 954.1), OEFin (RS 954.11), FINMA, communication sur la surveillance 01/2024 du 2 février 2024.
La communication 01/2024 explique le raisonnement : « le patrimoine du trust constitue un patrimoine économiquement distinct du trustee ». Le délai accordé aux trustees concernés par cette lecture a expiré fin 2024 : une société créée aujourd’hui doit être autorisée avant son premier mandat. En cas de doute sur votre situation, posez la question à un avocat ou à la FINMA avant d’accepter ce mandat.
Créer une société de trust à Genève : l’ordre des démarches
À Genève comme ailleurs, la LEFin fixe une séquence en quatre jalons, où le registre du commerce arrive après la FINMA :
| Jalon | Ce que dit le texte | Article |
|---|---|---|
| 1. Organisme de surveillance | La preuve de l’assujettissement à un OS accompagne le dépôt de la demande | Art. 7 al. 2 LEFin |
| 2. Autorisation de la FINMA | Les trustees « doivent obtenir une autorisation de la FINMA » | Art. 5 al. 1 LEFin |
| 3. Registre du commerce de Genève | Inscription seulement « après avoir reçu cette autorisation » | Art. 5 al. 2 LEFin |
| 4. Organe de médiation | Affiliation au plus tard au début de l’activité, sauf clientèle exclusivement institutionnelle ou professionnelle | Art. 16 LEFin |
Source : LEFin, RS 954.1, version en vigueur au 29 octobre 2026.
Le mot lui-même est protégé. L’art. 13 al. 2 LEFin réserve aux titulaires de l’autorisation l’usage de la désignation « trustee », seule ou combinée à d’autres termes, dans la raison sociale, le but social et les documents professionnels. Une raison sociale du type « Léman Trustees SA » attend donc la décision de la FINMA.
Important
Aucun mandat de trustee pour des tiers ne peut être exercé pendant l’instruction de la demande, et aucun montage ne permet de contourner l’autorisation. Le régime transitoire de 2020 ne s’applique plus. La manière de préparer la société, ses statuts et son capital avant l’inscription se règle avec un avocat ou avec la FINMA.
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Les conditions d’organisation examinées par la FINMA
La FINMA vérifie que la société pourra fonctionner avec ses propres dirigeants, ses propres fonds et ses propres contrôles.
| Exigence | Contenu | Texte |
|---|---|---|
| Direction | Deux personnes qualifiées au moins ; une seule si la poursuite de l’exploitation est garantie | Art. 20 LEFin |
| Qualification | Cinq ans d’expérience et 40 heures de formation au moins, chaque fois dans le cadre de trusts ; formation continue régulière | Art. 25 OEFin |
| Capital minimal | 100 000 francs libérés en espèces, maintenus en permanence ; capital-actions pour une SA, capital social pour une Sàrl | Art. 22 al. 1 LEFin ; art. 27 OEFin |
| Fonds propres | Au moins un quart des frais fixes des derniers comptes annuels, jusqu’à 10 millions de francs | Art. 23 al. 2 LEFin |
| Garanties | Garanties appropriées ou assurance responsabilité civile professionnelle, imputable sur la moitié des fonds propres si elle couvre les risques du modèle d’affaires | Art. 22 al. 2 LEFin ; art. 31 al. 2 OEFin |
| Contrôles | Gestion des risques et contrôle interne ; signature collective à deux | Art. 9 et 21 LEFin ; art. 23 al. 1 OEFin |
Sources : LEFin (RS 954.1) et OEFin (RS 954.11), versions en vigueur au 29 octobre 2026.
Pour une SA genevoise, les 100 000 francs sont libérés en totalité, sans la libération partielle à 50 000 francs admise pour une SA ordinaire. La compliance peut être confiée à un organe externe ; elle n’a pas à être indépendante dans une structure d’au plus cinq postes à plein temps ou de moins de 2 millions de produit brut annuel, si le modèle ne présente pas de risques élevés (art. 26 al. 2 OEFin).
Organisme de surveillance : deux sur quatre siègent à Genève
La surveillance courante d’un trustee est exercée par un organisme de surveillance autorisé par la FINMA (art. 61 al. 2 LEFin). La liste de la FINMA, à l’état du 29 octobre 2026, en recense quatre : OSIF et SO-FIT, Organisme de Surveillance pour Intermédiaires Financiers & Trustees, tous deux à Genève, AOOS à Zurich et OSFINcontrol AG à Zoug.
Le choix engage pour plusieurs exercices : la FINMA n’accepte un changement qu’en fin d’année, sur demande déposée au plus tard le 15 novembre. L’OS organise l’audit, annuel en principe, qu’il peut espacer jusqu’à une fois tous les quatre ans, avec un rapport de conformité pour les années intermédiaires (art. 62 LEFin).
Le trustee autorisé entre aussi dans le champ de la loi sur le blanchiment d’argent comme intermédiaire financier (art. 2 al. 2 let. abis LBA). L’identification du constituant, des bénéficiaires et de l’ayant droit économique est donc au cœur du contrôle.
Conseil RISTER
Rencontrez au moins deux organismes de surveillance avant de choisir, et demandez à chacun la liste des documents qu’il attend pour l’affiliation. Un changement d’OS n’étant possible qu’en fin d’année, mieux vaut un choix réfléchi qu’une affiliation rapide.
Des dirigeants venus de l’étranger
La société de trust genevoise doit être dirigée depuis la Suisse. L’art. 10 al. 1 LEFin l’exige en une phrase : « La direction effective de l’établissement financier doit être en Suisse. » L’art. 23 al. 2 OEFin ajoute qu’une personne domiciliée en Suisse, membre de l’organe de gestion ou de haute direction, doit pouvoir représenter le trustee : c’est plus exigeant que la règle générale des art. 718 al. 4 et 814 al. 3 CO, qui se contente d’un administrateur, d’un gérant ou d’un directeur domicilié en Suisse.
Pour le permis, la nationalité fait la différence. Le ressortissant de l’Union européenne ou de l’AELE qui vient s’établir à Genève pour une activité non salariée obtient un titre de séjour d’au moins cinq ans en prouvant qu’il s’établit à cette fin (ALCP, annexe I, art. 12). Le ressortissant d’un État tiers doit démontrer que son admission sert les intérêts économiques du pays et qu’il dispose d’une source de revenus suffisante et autonome (art. 19 LEI).
STEP à Genève : une affiliation volontaire
La Society of Trust and Estate Practitioners (STEP) réunit dans le monde les praticiens du trust et des successions ; sa branche de Genève a été formée en 1992. Les membres TEP s’engagent sur un code de conduite, une formation continue et une assurance responsabilité civile professionnelle. RISTER figure parmi ses membres.
Cette affiliation reste volontaire et n’a aucune portée réglementaire : ni la LEFin, ni l’OEFin, ni les pages de la FINMA ne citent STEP. Un TEP doit donc obtenir l’autorisation comme n’importe quel trustee professionnel. Pour une clientèle familiale internationale, STEP sert de repère commun.
Un cas concret : une famille de trustees libanais à Genève
Un frère et une sœur, trustees à Beyrouth, veulent administrer depuis Genève des trusts de droit anglais créés pour des familles clientes. L’un des trusts dépasse à lui seul 5 millions de francs : selon la communication FINMA 01/2024, l’activité est professionnelle dès ce premier mandat. Ils choisissent une SA, prévoient 100 000 francs de capital libéré en espèces et s’installent à Genève pour assurer la direction effective, chacun justifiant de cinq ans d’expérience et de 40 heures de formation dans le cadre de trusts. Ils comparent OSIF et SO-FIT, obtiennent l’affiliation, puis déposent leur demande. La raison sociale définitive, qui contient « trustee », n’est inscrite au registre du commerce de Genève qu’après l’autorisation. Leur affiliation à STEP rassure les familles sans rien changer au dossier.
Pour les étapes communes à toute société, notre guide sur la création d’une société à Genève décrit la constitution de la SA et de la Sàrl.
Erreurs fréquentes
- Compter ses clients au lieu de mesurer le patrimoine des trusts : un seul trust au-delà de 5 millions suffit.
- Déposer la raison sociale « Trustees SA » au registre avant l’autorisation, malgré les art. 5 al. 2 et 13 al. 2 LEFin.
- Libérer le capital d’une SA à moitié, comme le droit commun l’autorise.
- Confier la direction à un résident genevois sans rôle réel, alors que la loi exige une direction effective en Suisse.
- Choisir l’organisme de surveillance à la hâte, sans pouvoir en changer avant la fin de l’année.
- Gérer aussi des portefeuilles hors trust sans autorisation complémentaire.
FAQ : créer une société de trust à Genève
Faut-il une autorisation pour être trustee en Suisse ?
Oui, pour toute activité de trustee exercée à titre professionnel : la LEFin l’impose (art. 5 al. 1). Selon la FINMA, un trust dont le patrimoine dépasse 5 millions de francs à un moment quelconque suffit à rendre l’activité professionnelle, comme un produit brut de plus de 50 000 francs par an ou plus de 20 relations durables.
Existe-t-il un trust de droit suisse ?
Non. La Suisse reconnaît les trusts étrangers depuis le 1er juillet 2007 grâce à la Convention de La Haye. Le projet de trust suisse a été abandonné par le Conseil fédéral le 15 septembre 2023, puis la motion 18.3383 classée par le Parlement en 2023 et 2024.
Quel capital pour une société de trustee ?
Le capital minimal est de 100 000 francs, libéré en espèces et maintenu en permanence (art. 22 al. 1 LEFin). Pour une SA, il est libéré en entier, sans la libération partielle admise pour une SA ordinaire. S’y ajoutent des fonds propres d’au moins un quart des frais fixes annuels.
Qu’est-ce qu’un organisme de surveillance ?
C’est l’organisme, autorisé par la FINMA, qui assure la surveillance courante des trustees et des gestionnaires de fortune (art. 61 LEFin). Ils sont quatre au 29 octobre 2026 : OSIF et SO-FIT à Genève, AOOS à Zurich, OSFINcontrol AG à Zoug. La demande d’autorisation doit prouver l’affiliation à l’un d’eux.
Que vaut l’affiliation à STEP ?
L’affiliation à la Society of Trust and Estate Practitioners est volontaire et atteste un engagement professionnel : code de conduite, formation continue, assurance responsabilité civile. Elle ne remplace pas l’autorisation de la FINMA, que tout trustee professionnel doit obtenir, membre de STEP ou non.
La société de trust peut-elle figurer au registre du commerce avant d’être autorisée ?
Non : l’art. 5 al. 2 LEFin ne permet l’inscription qu’après réception de l’autorisation de la FINMA, et l’art. 13 al. 2 réserve la désignation « trustee » aux établissements autorisés. À Genève, la société de trust ne figure donc au registre du commerce qu’une fois autorisée. Faites valider le déroulé de la constitution par un avocat ou par la FINMA.
Sources
- Loi fédérale sur les établissements financiers (LEFin), RS 954.1
- Ordonnance sur les établissements financiers (OEFin), RS 954.11
- FINMA, communication sur la surveillance 01/2024, 2 février 2024
- FINMA, Gestionnaires de fortune et trustees
- FINMA, Organismes de surveillance
- Convention de La Haye relative à la loi applicable au trust et à sa reconnaissance, RS 0.221.371
- Loi fédérale sur le droit international privé (LDIP), RS 291
- Office fédéral de la justice, Introduction du trust dans le droit suisse (communiqué du 15 septembre 2023)
- Loi sur le blanchiment d’argent (LBA), RS 955.0
- Code des obligations (CO), RS 220
- Accord sur la libre circulation des personnes, RS 0.142.112.681
- Loi sur les étrangers et l’intégration (LEI), RS 142.20
Conclusion
Créer une société de trust à Genève commence par une question de seuil : dès qu’un trust dépasse 5 millions de francs, l’autorisation de la FINMA est requise avant tout mandat. Viennent ensuite l’affiliation à un organisme de surveillance, la demande d’autorisation, puis l’inscription au registre du commerce et l’usage du mot « trustee », dans cet ordre. Deux dirigeants qualifiés installés en Suisse et 100 000 francs entièrement libérés forment le socle du dossier. RISTER accompagne la constitution et l’administration de ces sociétés à Genève, sous la conduite d’Andrés Taracido, fort de plus de 25 ans d’expérience fiduciaire.
