Créer une agence de placement ou de location de services : le dossier d’autorisation pas à pas

par | Mis à jour le 28 Aug 2026

Créer une agence de placement en Suisse passe par une autorisation cantonale que l’autorité n’accorde qu’après examen complet du dossier. Trois éléments concentrent la quasi-totalité des refus : des locaux commerciaux réels, une personne responsable qualifiée et réellement disponible, et un but social qui mentionne expressément l’activité. À Genève, l’émolument s’élève à 1 200 francs, et la location de services exige en plus une sûreté de 50 000 francs.

Ce que l’autorité vérifie réellement dans votre dossier

L’autorité cantonale n’évalue pas votre projet commercial. Elle vérifie trois choses : que l’entreprise existe et a le droit d’exercer cette activité, que la personne qui en répond est qualifiée, et que les travailleurs concernés seront protégés. Tout le reste du dossier découle de ces trois axes.

Cette logique explique des exigences qui surprennent souvent les fondateurs. L’attestation du bailleur sur la confidentialité des bureaux, par exemple, ne relève pas de la formalité : elle protège les données des candidats.

La demande se dépose après la constitution de la société

L’autorité exige un extrait du registre du commerce, donc la société doit exister avant le dépôt. Vous ne pouvez pas mener les deux démarches en parallèle, ce qui allonge le calendrier réel de plusieurs semaines. La création de votre Sàrl ou de votre SA constitue donc la première étape, et son but social doit déjà être rédigé en vue de l’autorisation.

Placement, location de services, ou les deux

Vous devez demander l’autorisation correspondant exactement à ce que vous ferez. Le placement privé consiste à mettre en relation un employeur et un candidat qui concluent ensuite leur contrat de travail entre eux. La location de services consiste à engager vous-même le travailleur et à le mettre à disposition d’une entreprise locataire.

La différence n’est pas sémantique. En location de services, vous devenez employeur : salaires, charges sociales, convention collective et sûreté financière vous incombent. En placement, vous restez un intermédiaire rémunéré par l’entreprise cliente.

Conseil RISTER

La majorité des agences finissent par exercer les deux activités, parce que le client qui recrute aujourd’hui un cadre fixe demandera demain un renfort temporaire. Faites rédiger un but social qui couvre les deux dès la constitution. Le corriger ensuite impose un passage chez le notaire, une nouvelle inscription au registre du commerce, et le dépôt d’une demande complémentaire.

Les pièces à réunir, une par une

Le dossier genevois se dépose en format PDF auprès de l’inspection cantonale du travail. Il se compose de trois blocs : l’entreprise, la personne responsable, et les contrats.

Bloc Pièces exigées Point de vigilance
Entreprise Formulaire de demande, extrait du registre du commerce, bail commercial, attestation du bailleur L’attestation doit porter sur l’accès exclusif aux bureaux et sur la confidentialité
Personne responsable Formulaire, extrait de casier judiciaire, attestation d’absence de dettes fiscales, curriculum vitae, diplômes, certificats de travail L’expérience se prouve par les certificats de travail, pas par le curriculum vitae
Attestations écrites Disponibilité effective, absence de conflit d’intérêts, politique de commissions Trois documents distincts, signés par la personne responsable
Contrats Contrat type de placement ou de location de services, selon l’activité demandée Ils doivent correspondre à l’autorisation demandée, pas à un modèle générique

Source : République et canton de Genève, procédure d’autorisation de pratiquer le placement et la location de services, consultée en août 2026.

La personne responsable : le vrai point de blocage

L’autorisation est liée à une personne physique, et c’est sur elle que la plupart des dossiers achoppent. Les exigences genevoises sont précises et cumulatives.

  • Un certificat fédéral de capacité ou un titre reconnu équivalent
  • Au moins trois ans d’expérience de la gestion du personnel, du placement ou de la location de services
  • Un extrait de casier judiciaire vierge
  • Une attestation d’absence de dettes fiscales
  • Une disponibilité effective d’au moins 50 pour cent consacrée à cette fonction
  • La nationalité suisse, un permis d’établissement, ou la qualité de ressortissant d’un État de l’Union européenne ou de l’AELE

Dans le canton de Vaud, la direction générale de l’emploi applique des critères comparables, avec une exigence d’expérience formulée en années sans seuil chiffré identique.

Important

La condition de disponibilité écarte de fait le montage où un dirigeant déjà à la tête de plusieurs sociétés figure comme responsable de façade. Si la personne désignée ne peut pas démontrer qu’elle consacre réellement la moitié de son temps à cette activité, l’autorité refuse ou demande la désignation d’une autre personne.

Les locaux : pourquoi une adresse de domiciliation ne passe pas

À Genève, la domiciliation d’entreprise chez un tiers n’est pas admise pour cette activité. L’autorité exige des locaux commerciaux dont vous avez l’usage, avec un bail à votre nom et une attestation du bailleur confirmant que vous y disposez d’un accès exclusif garantissant la confidentialité des dossiers.

C’est une exception, et il faut le dire clairement : la domiciliation reste parfaitement valable pour la grande majorité des activités commerciales. Elle ne l’est pas ici, parce que le métier suppose de recevoir des candidats et de conserver leurs données personnelles.

Ce point doit être arbitré avant la constitution de la société, puisqu’il conditionne le choix de l’adresse du siège inscrite au registre du commerce.

Dossier d’autorisation

Faites vérifier votre dossier avant de le déposer

Une adresse de domiciliation, un but social imprécis ou un responsable jugé trop peu disponible suffisent à faire repartir la procédure à zéro. RISTER® constitue votre société et prépare le dossier d’autorisation avec les pièces attendues par l’autorité genevoise.

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Fiduciaire établie à Genève, 25 ans d’expérience.

Ce que coûte l’autorisation à Genève

L’émolument pour une nouvelle autorisation s’élève à 1 200 francs à Genève. Il s’ajoute aux coûts de constitution de la société et, le cas échéant, à la sûreté financière exigée pour la location de services.

Poste Montant Quand
Capital social d’une Sàrl 20 000 francs, entièrement libérés À la constitution
Capital-actions d’une SA 100 000 francs, dont 50 000 libérés au minimum À la constitution
Émolument d’autorisation à Genève 1 200 francs Au dépôt de la demande
Sûreté, location de services en Suisse 50 000 francs Avant la première mission
Sûreté, location de services transfrontalière 100 000 francs Avant la première mission

Sources : Code des obligations pour le capital social, autorités cantonales genevoise et vaudoise pour les émoluments et sûretés, août 2026. Les émoluments varient selon les cantons.

La sûreté de 50 000 francs : quand et comment la constituer

La sûreté ne concerne que la location de services. Elle garantit les créances salariales des travailleurs mis à disposition, et son montant passe à 100 000 francs lorsque l’activité s’étend au-delà de la frontière.

Elle doit être en place avant le démarrage de la première mission, et non au moment où l’activité atteint un certain volume. Une agence qui commence à louer du personnel sans sûreté constituée s’expose à un retrait de son autorisation.

Conseil RISTER

La sûreté immobilise des fonds qui ne financent pas votre exploitation. Or la location de services exige simultanément d’avancer chaque mois les salaires et les charges de travailleurs facturés au client avec un décalage. Dimensionnez votre trésorerie sur au moins deux mois de masse salariale portée, en plus de la sûreté. C’est ce décalage, et non le capital minimum, qui met en difficulté les agences qui démarrent.

Après l’autorisation : convention collective, salaires et statistique

L’autorisation ouvre un régime de surveillance continu. Trois obligations pèsent ensuite sur l’agence, et elles ont toutes un effet direct sur vos coûts.

La convention collective de la location de services

Dès que vous louez du personnel, la convention collective applicable à la location de services s’impose. Elle fixe des salaires minimaux, impose des contributions aux frais d’exécution et à la formation continue, et vous oblige à affilier vos travailleurs temporaires à des solutions de prévoyance spécifiques. Ces charges doivent entrer dans votre calcul de marge dès la première mission facturée.

La gestion des salaires devient un métier à part entière

Une agence de travail temporaire gère des entrées et des sorties permanentes, des taux d’activité variables et des affiliations qui changent d’un mois à l’autre. Le traitement des salaires y est structurellement plus lourd que dans une entreprise à effectif stable. Notre service d’administration générale, comptabilité et gestion des salaires couvre précisément ce cas de figure.

La statistique annuelle

Toute entreprise titulaire d’une autorisation communique chaque année au Secrétariat d’État à l’économie les données de son activité : placements réalisés, travailleurs mis à disposition, heures de mission. Cette communication conditionne le maintien de l’autorisation.

Les six motifs de refus les plus fréquents

Les demandes de complément et les refus portent presque toujours sur les mêmes points, tous identifiables avant le dépôt.

  1. Une adresse de domiciliation au lieu de locaux commerciaux. Rédhibitoire à Genève, quelle que soit la qualité du reste du dossier
  2. Un but social qui ne mentionne pas l’activité. Il faut alors retourner chez le notaire et attendre une nouvelle inscription
  3. Une personne responsable insuffisamment disponible, notamment lorsqu’elle dirige déjà plusieurs sociétés
  4. Une expérience affirmée mais non documentée par des certificats de travail
  5. Des contrats types génériques, qui ne correspondent pas au type d’autorisation demandé
  6. Une sûreté constituée après le démarrage des premières missions de location de services

FAQ : autorisation de placement et de location de services

Quelle autorité délivre l’autorisation à Genève ?

La demande se dépose auprès de l’inspection cantonale du travail, en format PDF par voie électronique. L’émolument pour une nouvelle autorisation s’élève à 1 200 francs. L’autorisation est délivrée pour une durée illimitée et permet d’exercer dans toute la Suisse, une autorisation fédérale du Secrétariat d’État à l’économie s’y ajoutant pour les activités transfrontalières.

Peut-on domicilier une agence de placement chez un tiers ?

Non, pas à Genève pour cette activité. L’autorité exige des locaux commerciaux dont l’entreprise a l’usage, avec un bail à son nom, et demande au bailleur d’attester d’un accès exclusif garantissant la confidentialité des dossiers. Cette exigence tient à la nature du métier, qui suppose de recevoir des candidats et de conserver des données personnelles.

Quelles qualifications doit avoir la personne responsable ?

Elle doit disposer d’un certificat fédéral de capacité ou d’un titre équivalent, justifier d’au moins trois ans d’expérience en gestion du personnel ou en placement à Genève, présenter un casier judiciaire vierge et une attestation d’absence de dettes fiscales, et consacrer au moins 50 pour cent de son temps à cette fonction. L’expérience se prouve par des certificats de travail.

Quand faut-il constituer la sûreté de 50 000 francs ?

Avant la première mission de location de services, et non lorsque l’activité atteint un certain volume. La sûreté garantit les créances salariales des travailleurs mis à disposition. Elle s’élève à 50 000 francs pour une activité en Suisse et à 100 000 francs pour une activité transfrontalière. Le placement privé exercé en Suisse n’y est pas soumis.

Combien de temps faut-il prévoir entre le projet et la première mission ?

Plusieurs semaines, car les étapes s’enchaînent sans pouvoir se chevaucher. La société doit d’abord être constituée et inscrite au registre du commerce, puisque l’autorité exige un extrait du registre. Viennent ensuite la signature du bail, la constitution du dossier du responsable, le dépôt de la demande et, pour la location de services, la mise en place de la sûreté.

Sources

Conclusion

Créer une agence de placement en Suisse ne bute presque jamais sur la constitution de la société, mais sur le dossier d’autorisation qui la suit. Locaux commerciaux réels, responsable qualifié et disponible, but social précis, contrats types conformes et sûreté constituée à temps : ces cinq points décident de l’issue. Préparés dans le bon ordre, ils font passer un dossier sans demande de complément.

RISTER® Sàrl, fiduciaire établie à Genève et forte de 25 ans d’expérience, accompagne les créateurs d’entreprise sur l’ensemble du parcours : constitution, dossier d’autorisation, comptabilité et gestion des salaires. Pour cadrer votre projet, contactez-nous ou consultez notre guide complet de la création de société à Genève.

Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
Écrit par

Andrés Taracido

Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'Expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.