La LPP (loi fédérale sur la prévoyance professionnelle) constitue le deuxième pilier du système de prévoyance suisse. Obligatoire dès un certain salaire annuel, elle complète l’AVS afin de maintenir votre niveau de vie à la retraite et de vous protéger en cas d’invalidité ou de décès. Elle repose sur la capitalisation et sur des cotisations paritaires : l’employeur et le salarié financent chacun au moins la moitié. Ce guide détaille qui est assuré, comment se calculent les cotisations et quelles obligations pèsent sur l’employeur.
Sommaire
- Qu’est-ce que la LPP ?
- Le cadre légal : la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle
- La LPP dans le système des trois piliers
- Qui est assuré à la LPP ?
- Cotisations paritaires et calcul du salaire coordonné
- Part obligatoire et part surobligatoire
- Les obligations de l’employeur
- Prestations : retraite, invalidité, décès
- Retirer son deuxième pilier avant la retraite
- La réforme LPP 21 : adoptée puis refusée
- FAQ : la prévoyance professionnelle en Suisse
Qu’est-ce que la LPP ?
La LPP, connue sous l’acronyme de loi sur la prévoyance professionnelle, désigne le deuxième pilier du système de prévoyance suisse. C’est un régime de retraite obligatoire pour la plupart des salariés, financé par la capitalisation : chaque assuré épargne pour sa propre retraite, contrairement à l’AVS qui fonctionne par répartition.
Instituée pour compléter le premier pilier, la LPP vise à permettre aux assurés de maintenir, dans une large mesure, le niveau de vie qu’ils avaient avant la retraite. Au-delà de la vieillesse, elle offre une protection en cas d’invalidité et de décès, en versant des rentes aux assurés ou à leurs survivants.
Les fonds sont gérés par des institutions de prévoyance (caisses de pension, fondations collectives) qui investissent les cotisations pour garantir la croissance du capital et la pérennité des rentes futures.
Le cadre légal : la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle
La prévoyance professionnelle est régie par la loi fédérale du 25 juin 1982 sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP, RS 831.40), entrée en vigueur le 1er janvier 1985. Cette loi fixe les prestations minimales que toute institution de prévoyance doit garantir : c’est ce que l’on appelle le régime obligatoire.
La loi définit notamment le seuil d’entrée, la déduction de coordination, les bonifications de vieillesse par tranche d’âge, ainsi que le taux de conversion minimal servant à transformer le capital épargné en rente. Ces paramètres encadrent l’ensemble du deuxième pilier suisse.
La LPP dans le système des trois piliers
Le système de prévoyance suisse repose sur trois piliers complémentaires, chacun ayant un rôle spécifique dans la protection financière des individus. La LPP occupe le deuxième niveau de cet édifice.
| Pilier | Rôle | Financement | Caractère |
|---|---|---|---|
| 1er pilier — AVS/AI | Couvrir les besoins vitaux des retraités, survivants et invalides | Répartition (solidarité intergénérationnelle) | Obligatoire et universel |
| 2e pilier — LPP | Maintenir le niveau de vie habituel à la retraite, couverture invalidité et décès | Capitalisation (épargne individuelle) | Obligatoire dès un certain salaire |
| 3e pilier — 3a / 3b | Épargne privée complémentaire | Capitalisation individuelle | Facultatif (3a avec avantages fiscaux) |
Source : Office fédéral des assurances sociales (OFAS).
Alors que l’AVS garantit un revenu de subsistance, la LPP permet de combler l’écart avec le dernier salaire. Le pilier 3a (prévoyance liée) offre en complément d’importants avantages fiscaux, les fonds étant bloqués jusqu’à la retraite sauf conditions particulières. Pour une vue d’ensemble, consultez notre guide sur le système des trois piliers en Suisse.
Qui est assuré à la LPP ?
La prévoyance professionnelle est obligatoire pour tous les salariés dont le salaire annuel dépasse le seuil d’entrée fixé par la loi. En 2026, ce seuil est fixé à 22’680 CHF. Dès que la rémunération annuelle dépasse ce montant, l’employeur doit affilier le salarié à une institution de prévoyance.
Sont concernés les salariés déjà soumis à l’AVS, âgés de plus de 17 ans. La couverture des risques d’invalidité et de décès débute dès le 1er janvier qui suit le 17e anniversaire ; l’épargne vieillesse proprement dite commence dès le 1er janvier qui suit le 24e anniversaire.
Les indépendants ne sont pas soumis à l’obligation de cotiser à la LPP. Ils peuvent toutefois s’assurer à titre facultatif et, dans les conditions prévues par la loi, retirer leur capital de prévoyance lorsqu’ils créent leur propre société et passent au statut d’indépendant.
Cotisations paritaires et calcul du salaire coordonné
Les cotisations LPP sont prélevées directement sur le salaire et financées de manière paritaire : l’employeur prend en charge au moins la moitié de la cotisation, le solde étant retenu sur le salaire de l’employé. Elles ne portent pas sur la totalité du salaire, mais sur le salaire coordonné.
Le salaire coordonné correspond à la part du salaire annuel soumise à la LPP après déduction de coordination, qui représente la part déjà couverte par l’AVS/AI. Les montants-limites sont adaptés régulièrement par le Conseil fédéral.
| Montant-limite LPP (dès le 1er janvier 2026) | Valeur |
|---|---|
| Seuil d’entrée (salaire annuel minimal) | 22’680 CHF |
| Déduction de coordination | 26’460 CHF |
| Salaire coordonné minimal | 3’780 CHF |
| Limite supérieure du salaire annuel | 90’720 CHF |
| Salaire coordonné maximal | 64’260 CHF |
| Taux d’intérêt minimal des avoirs de vieillesse | 1,25 % |
Source : OFAS, montants valables dès le 1er janvier 2026.
Le taux de cotisation, appelé bonification de vieillesse, est progressif : il augmente avec l’âge de l’assuré afin de renforcer l’épargne à l’approche de la retraite. La loi fixe les taux minimaux suivants, appliqués au salaire coordonné :
| Âge de l’assuré | Bonification de vieillesse (% du salaire coordonné) |
|---|---|
| 25 à 34 ans | 7 % |
| 35 à 44 ans | 10 % |
| 45 à 54 ans | 15 % |
| 55 ans à l’âge de référence | 18 % |
Source : art. 16 LPP (bonifications de vieillesse légales minimales).
Un exemple de calcul (chiffres 2026)
Prenons un salarié de 40 ans percevant un salaire annuel brut de 100’000 CHF. La déduction de coordination de 26’460 CHF ramène le salaire coordonné à 73’540 CHF. Ce dernier est toutefois plafonné au salaire coordonné maximal de 64’260 CHF (90’720 – 26’460).
Pour la tranche 35-44 ans, la bonification de vieillesse minimale est de 10 %. La cotisation annuelle légale minimale s’élève donc à 6’426 CHF (10 % de 64’260 CHF), répartie à parts égales : 3’213 CHF pour l’employeur et 3’213 CHF pour le salarié.
Pour un salaire brut de 75’000 CHF, le salaire coordonné serait de 48’540 CHF (75’000 – 26’460), inférieur au plafond : la cotisation porterait alors sur ce montant. Si le résultat était inférieur à 3’780 CHF, c’est ce salaire coordonné minimal qui serait retenu.
Important
Les taux légaux présentés ci-dessus sont des minimums. Beaucoup d’institutions de prévoyance appliquent des taux plus élevés ou assurent une part de salaire supérieure au plafond obligatoire : c’est la part surobligatoire, détaillée ci-dessous.
Part obligatoire et part surobligatoire
La LPP se compose d’une part obligatoire et d’une part surobligatoire (facultative). La part obligatoire correspond au minimum légal : elle couvre le salaire compris entre le seuil d’entrée et la limite supérieure, avec les bonifications et le taux de conversion minimaux fixés par la loi.
La part surobligatoire concerne tout ce que l’institution de prévoyance assure au-delà de ce minimum : salaires supérieurs à la limite légale, taux de cotisation plus généreux, ou prestations complémentaires. Elle relève du règlement de chaque caisse de pension et non de la loi.
Cette distinction a des conséquences concrètes, notamment lors d’un départ à l’étranger : la part obligatoire reste soumise à des règles de blocage plus strictes que la part surobligatoire.
Les obligations de l’employeur
En Suisse, l’employeur est le pivot du deuxième pilier. Dès qu’un salarié dépasse le seuil d’entrée, l’entreprise a l’obligation légale de l’affilier à une institution de prévoyance et de financer au moins la moitié des cotisations. Le respect de ces obligations conditionne la conformité de la gestion des salaires.
Concrètement, l’employeur doit :
- S’affilier à une institution de prévoyance (caisse de pension ou fondation collective) et y annoncer chaque nouveau collaborateur assujetti dès l’entrée en fonction.
- Retenir la part salariale des cotisations directement sur le salaire et la reverser à l’institution, en même temps que sa propre part patronale.
- Déclarer les mutations : embauches, départs, variations de salaire, congés non payés, incapacités de travail durables.
- Faire figurer les retenues LPP sur le décompte de salaire mensuel et sur le certificat de salaire annuel.
Une affiliation tardive ou des retenues erronées exposent l’entreprise à des rappels de cotisations, voire à sa responsabilité en cas de sinistre non couvert. C’est pourquoi RISTER®, fiduciaire à Genève forte de plus de 25 ans d’expérience, intègre le suivi des retenues et des déclarations LPP à sa gestion des salaires à Genève, pour les PME comme pour les entrepreneurs transfrontaliers.
Conseil RISTER
Le choix de l’institution de prévoyance n’est pas neutre : frais de gestion, taux de couverture, part surobligatoire et stratégie de placement varient sensiblement d’une caisse à l’autre. Comparez plusieurs offres avant d’affilier vos collaborateurs, et réexaminez ce choix lorsque la masse salariale évolue.
Prestations : retraite, invalidité, décès
Au-delà de la retraite, la LPP assure une couverture contre les risques d’invalidité et de décès. À la retraite, le capital de vieillesse accumulé est transformé en rente selon le taux de conversion, ou versé en capital selon le règlement de la caisse et le choix de l’assuré.
Prestations en cas d’invalidité
Si un salarié assuré devient invalide, l’institution de prévoyance verse une rente d’invalidité. Son montant dépend du degré d’invalidité reconnu et du salaire assuré avant la survenance de l’incapacité. Ces prestations remplacent une partie substantielle du revenu perdu.
Prestations en cas de décès
En cas de décès de l’assuré, la LPP prévoit des prestations pour les survivants : une rente de conjoint (veuve ou veuf, sous certaines conditions de mariage ou d’enfants à charge) et des rentes d’orphelins pour les enfants à charge. Ces prestations visent à limiter la baisse brutale du niveau de vie de la famille.
Retirer son deuxième pilier avant la retraite
Le capital du deuxième pilier peut être retiré avant l’âge de la retraite uniquement dans des cas définis par la loi. En dehors de ces situations, l’avoir reste bloqué et suit l’assuré d’un employeur à l’autre via une prestation de libre passage.
- Accession à la propriété du logement : financement ou remboursement d’une hypothèque sur votre résidence principale.
- Passage à l’indépendance : au moment de démarrer une activité indépendante, l’assuré peut retirer son avoir pour financer le lancement de son activité.
- Départ définitif de la Suisse : vers un pays hors UE/AELE, la totalité du capital peut être retirée ; vers un pays de l’UE/AELE, seule la part surobligatoire est en principe retirable, la part obligatoire restant bloquée en Suisse.
Chaque retrait de capital est soumis à une imposition séparée des autres revenus, à un taux réduit, aux niveaux fédéral, cantonal et communal. La charge fiscale est en règle générale progressive et varie fortement d’un canton à l’autre. Compte tenu de ces différences et des conséquences durables sur votre prévoyance, il est vivement recommandé de faire évaluer votre situation avant tout retrait.
La réforme LPP 21 : adoptée puis refusée
Contrairement à une idée répandue, la dernière grande réforme de la LPP n’est pas entrée en vigueur. Le Parlement a adopté la « réforme LPP 21 » en mars 2023, mais celle-ci a été refusée en votation populaire le 22 septembre 2024. Ses mesures ne s’appliquent donc pas.
Le projet prévoyait notamment d’abaisser le taux de conversion minimal de 6,8 % à 6,0 % pour la part obligatoire, de réduire le seuil d’entrée afin d’assurer davantage de personnes, et de remplacer la déduction de coordination fixe par une déduction proportionnelle au salaire.
À la suite de ce refus, le cadre actuel demeure : le taux de conversion minimal reste fixé à 6,8 %, et le seuil d’entrée comme la déduction de coordination restent des montants fixes, adaptés périodiquement par le Conseil fédéral. Le système continue toutefois de faire l’objet de débats en raison du vieillissement de la population et de l’allongement de l’espérance de vie.
FAQ : la prévoyance professionnelle en Suisse
Qu’est-ce que la LPP et à quoi sert le deuxième pilier ?
La LPP (loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité) est le deuxième pilier du système de prévoyance suisse. Elle complète le premier pilier (AVS/AI) pour permettre aux assurés de maintenir leur niveau de vie à la retraite, et verse des rentes en cas d’invalidité ou de décès. Financée par capitalisation, elle repose sur des cotisations paritaires employeur-salarié.
Qui est obligatoirement assuré à la LPP et à partir de quel salaire ?
La LPP est obligatoire pour tout salarié dont le salaire annuel dépasse le seuil d’entrée, fixé à 22’680 CHF en 2026. Dès ce seuil atteint, l’employeur doit affilier le salarié à une institution de prévoyance et financer au moins la moitié des cotisations. Les indépendants ne sont pas soumis à cette obligation mais peuvent s’assurer à titre facultatif.
Comment se calcule le salaire coordonné et la cotisation LPP en 2026 ?
La cotisation porte sur le salaire coordonné, soit le salaire annuel diminué de la déduction de coordination (26’460 CHF en 2026), dans la limite d’un salaire coordonné maximal de 64’260 CHF. Le taux de cotisation légal minimal augmente avec l’âge : 7 % (25-34 ans), 10 % (35-44 ans), 15 % (45-54 ans) et 18 % (dès 55 ans). Employeur et salarié se partagent la cotisation, l’employeur en finançant au moins la moitié.
Quelles sont les obligations de l’employeur en matière de LPP ?
L’employeur doit affilier tout salarié assujetti à une institution de prévoyance, retenir la part salariale des cotisations sur le salaire, verser sa part patronale, déclarer les mutations (embauches, départs, variations de salaire) et faire figurer les retenues LPP sur le décompte de salaire et le certificat de salaire. Une affiliation tardive expose l’entreprise à des rappels de cotisations et à sa responsabilité.
Peut-on retirer son deuxième pilier avant la retraite ?
Oui, dans trois cas définis par la loi : l’achat de sa résidence principale, le passage à une activité indépendante, et le départ définitif de la Suisse. En cas de départ vers un pays hors UE/AELE, la totalité du capital peut être retirée ; vers un pays de l’UE/AELE, seule la part surobligatoire est retirable. Chaque retrait est imposé séparément, à un taux réduit qui varie selon le canton.
Sources
Conclusion
La LPP est bien plus qu’une ligne sur une fiche de salaire : c’est le deuxième pilier qui, avec l’AVS et le troisième pilier, sécurise la retraite et couvre les risques d’invalidité et de décès. Pour l’employeur, elle représente une obligation légale exigeante, de l’affiliation à une institution de prévoyance jusqu’aux retenues et déclarations correctes.
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