Raison individuelle en Suisse : créer son entreprise individuelle en 2026

par | Mis à jour le 22 Jun 2026

La raison individuelle est la forme la plus simple pour se lancer seul en Suisse. Aucun capital minimum, pas d’acte notarié, une création quasi gratuite. Le revers est lourd : vous répondez des dettes de l’activité sur votre patrimoine personnel, sans séparation entre vous et l’entreprise. Dans les dossiers que nous traitons, c’est le bon choix pour tester un marché ou exercer une activité à faible risque — rarement au-delà. Reste un point que beaucoup sous-estiment : votre statut d’indépendant n’existe pas tant qu’une caisse de compensation AVS ne l’a pas validé.

RISTER®, fiduciaire à Genève, accompagne ce statut au quotidien. Ce guide va à l’essentiel, puis entre dans le détail.

La raison individuelle en bref
Capital minimum Aucun (0 CHF)
Responsabilité Illimitée, sur le patrimoine privé
Personnalité juridique Non : l’entreprise et la personne sont confondues
Raison sociale Doit contenir le nom de famille du titulaire (art. 945 CO)
Statut social Indépendant, à valider par une caisse de compensation AVS
Registre du commerce Obligatoire dès 100’000 CHF de chiffre d’affaires
TVA Assujettissement dès 100’000 CHF de chiffre d’affaires (8,1 % en 2026)
Imposition Bénéfice ajouté au revenu privé (impôt sur le revenu, pas d’impôt société)

Qu’est-ce qu’une raison individuelle ?

La raison individuelle — on dit aussi entreprise individuelle — est l’exercice d’une activité lucrative en son nom propre. Pas de société distincte, pas de capital à déposer. Vous êtes l’entreprise.

Cela a une conséquence directe et souvent mal mesurée : il n’existe aucune cloison entre votre patrimoine privé et celui de l’activité. Les dettes professionnelles se règlent, au besoin, sur vos comptes et vos biens personnels. À l’inverse d’une Sàrl ou d’une SA, votre responsabilité n’est pas plafonnée.

La raison sociale obéit à une règle stricte : elle doit comporter le nom de famille du titulaire (art. 945 CO). Vous pouvez l’enrichir d’un prénom ou d’une indication d’activité — « Menuiserie Dupont », « Marie Curie Consulting » — mais pas l’inventer de toutes pièces.

Avantages et inconvénients

La raison individuelle séduit par sa légèreté. Elle montre vite ses limites dès que l’activité prend du volume ou du risque.

Ce qu’elle apporte

  • Création simple et bon marché : pas de notaire, pas de capital, des frais réduits (200 à 350 CHF si inscription au registre).
  • Liberté totale de gestion : vous décidez seul, sans organe ni assemblée.
  • Fiscalité directe : un seul niveau d’imposition, pas de double imposition bénéfice puis dividende.
  • Fermeture facile : cesser l’activité ne demande pas de procédure de liquidation formelle.

Ce qu’elle coûte vraiment

  • Responsabilité illimitée : le point dur. Un impayé, un litige, et c’est votre patrimoine privé qui répond.
  • Crédibilité plus faible auprès des banques et de certains donneurs d’ordre, qui préfèrent une Sàrl.
  • Prévoyance à construire seul : pas de 2e pilier obligatoire, à compenser activement (voir plus bas).
  • Plafond de croissance : impossible de faire entrer un associé ou de lever des fonds sans changer de forme.

Conseil RISTER

La règle que nous donnons en entretien est simple : la raison individuelle convient tant que le risque encouru reste inférieur à ce que vous accepteriez de perdre personnellement. Dès qu’un contrat vous expose à un dommage supérieur à votre épargne, la question de la Sàrl se pose — pas avant.

Comment créer une raison individuelle ?

Il n’y a pas de « constitution » au sens d’une société. L’entreprise naît du démarrage réel de l’activité. Concrètement, six étapes structurent le lancement.

Étape Action
1 Vérifier la viabilité (business plan, budget, estimation du chiffre d’affaires)
2 Fixer une adresse professionnelle (domicile, local ou domiciliation)
3 Démarrer l’activité : premiers mandats, premières factures à votre nom
4 Demander l’affiliation comme indépendant à une caisse de compensation AVS
5 S’inscrire au registre du commerce si le chiffre d’affaires dépasse 100’000 CHF
6 Régler TVA (dès 100’000 CHF), assurances et compte bancaire dédié

L’ordre compte : l’AVS exige des preuves d’activité réelle, d’où le démarrage avant l’affiliation.

Détail qui surprend les nouveaux indépendants : l’AVS ne valide pas un projet sur le papier. Elle veut des factures, des contrats, plusieurs clients. C’est pourquoi vous commencez à travailler avant d’être officiellement reconnu indépendant.

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Tout pour créer et piloter votre activité d’indépendant : affiliation AVS, seuils fiscaux, comptabilité, check-list de création et critères de passage en Sàrl. Rédigé par les experts de RISTER®.

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Le statut d’indépendant et l’AVS

C’est l’étape qui bloque le plus de dossiers, et la moins anticipée. Tant qu’une caisse de compensation n’a pas reconnu votre statut, vous n’êtes pas indépendant aux yeux des assurances sociales — vous restez, juridiquement, un salarié potentiel.

La caisse examine un faisceau d’indices : travaillez-vous pour plusieurs clients (en pratique, trois au minimum) ? Supportez-vous le risque économique ? Êtes-vous libre de votre organisation ? Facturez-vous en votre nom, avec vos moyens ? Si la réponse penche vers un client unique qui dicte vos horaires, la caisse refusera et y verra du salariat déguisé.

Important

Une requalification en salariat déguisé n’est pas théorique. Elle est rétroactive : la caisse réclame les cotisations sociales dues, souvent assorties de pénalités, au donneur d’ordre comme au prétendu indépendant. Constituez votre dossier (contrats, factures, diversité de clientèle) dès le départ.

Comptabilité et fiscalité

La raison individuelle n’a pas de fiscalité propre. Son bénéfice s’ajoute à votre revenu personnel et suit le barème de l’impôt sur le revenu (fédéral, cantonal, communal). S’y ajoutent les cotisations AVS de l’indépendant, autour de 10 % du revenu.

Côté comptabilité, le seuil clé est de 500’000 CHF de chiffre d’affaires : en dessous, une comptabilité simplifiée des recettes, des dépenses et du patrimoine suffit (art. 957 al. 2 CO) ; au-dessus, la comptabilité commerciale complète devient obligatoire.

La prévoyance mérite une décision consciente. Sans 2e pilier imposé, le 3e pilier A devient votre principal levier : un indépendant sans LPP peut y verser jusqu’à 20 % de son revenu, plafonné à 35’280 CHF en 2026, intégralement déductible.

Ces règles méritent un traitement à part. Nous les détaillons dans notre guide dédié : comptabilité et fiscalité de l’entreprise individuelle.

Raison individuelle ou Sàrl ?

La question revient dans presque chaque entretien. Le tableau résume l’arbitrage ; la décision tient surtout à votre exposition au risque.

Critère Raison individuelle Sàrl
Capital Aucun 20’000 CHF (art. 773 CO)
Responsabilité Illimitée (patrimoine privé) Limitée au capital
Création Quasi gratuite, sans notaire Acte notarié, 1’500-3’000 CHF
Imposition Revenu personnel Bénéfice + dividendes
Associés / levée de fonds Impossible Possible

Repère pratique : la bascule se justifie souvent autour de 150’000 à 200’000 CHF de chiffre d’affaires, ou dès qu’un risque sérieux apparaît.

Pour creuser la comparaison cas par cas, voyez notre analyse complète : raison individuelle ou Sàrl. Et si votre projet vise d’emblée une structure de capitaux, notre guide de la création d’une Sàrl détaille la marche à suivre.

Frontaliers et résidents étrangers

Un frontalier ou un résident étranger peut exploiter une raison individuelle en Suisse, sous deux réserves. Il faut un titre de séjour ou de travail adapté — permis G pour un frontalier, permis B, C ou L selon la situation. Et la caisse de compensation examine le dossier d’indépendant avec une attention renforcée, car le statut détermine l’affiliation aux assurances sociales du bon État.

Le cadre dépasse vite la seule entreprise individuelle. Notre checklist pour créer une société à Genève en tant qu’étranger couvre les permis, la domiciliation et la fiscalité croisée.

FAQ : la raison individuelle en Suisse

Qu’est-ce qu’une raison individuelle en Suisse ?

C’est la forme juridique la plus simple pour exercer seul une activité indépendante. L’entreprise n’a pas de personnalité juridique distincte : elle se confond avec son titulaire, qui répond des dettes sur son patrimoine privé. Aucun capital minimum n’est exigé.

Quelle est la différence entre une Sàrl et une raison individuelle ?

La différence tient à la responsabilité et au capital. La raison individuelle se crée sans capital ni notaire, mais expose le patrimoine privé sans limite. La Sàrl exige 20’000 CHF de capital et un acte notarié, mais limite la responsabilité au capital social et protège le patrimoine personnel.

Quand l’inscription au registre du commerce est-elle obligatoire ?

Dès que le chiffre d’affaires annuel atteint 100’000 CHF. En dessous, l’inscription reste facultative, mais elle renforce la crédibilité et permet d’utiliser certains services (banque, poursuites).

Quelles assurances sont obligatoires pour une raison individuelle ?

Le titulaire est un indépendant au sens des assurances sociales : il doit s’affilier à une caisse de compensation pour l’AVS, l’AI et l’APG. Les autres couvertures (perte de gain, accidents, 2e pilier) sont facultatives mais vivement conseillées, car aucune n’est imposée par défaut.

Combien coûte la création d’une raison individuelle ?

La création en elle-même est gratuite. Le seul coût obligatoire est l’inscription au registre du commerce, environ 200 à 350 CHF, et uniquement si le chiffre d’affaires dépasse 100’000 CHF.

Peut-on passer d’une raison individuelle à une Sàrl ?

Oui. Le transfert du patrimoine de l’entreprise individuelle vers une nouvelle Sàrl est possible, le plus souvent par apport en nature, avec un traitement fiscal à anticiper. C’est une transition fréquente lorsque l’activité grandit ou que le risque augmente.

Sources

Conclusion

La raison individuelle est la porte d’entrée la plus directe vers l’indépendance en Suisse : aucun capital, une création quasi gratuite, une gestion libre. Sa contrepartie — la responsabilité illimitée — en fait une forme adaptée au démarrage et aux activités à faible risque, à réévaluer dès que le chiffre d’affaires ou l’exposition augmentent.

RISTER®, fiduciaire à Genève, accompagne les indépendants sur l’affiliation AVS, la comptabilité, la fiscalité et, le moment venu, le passage en Sàrl. Lancez votre activité avec RISTER ou contactez nos experts pour faire le point sur votre situation.

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    Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
    Écrit par

    Andrés Taracido

    Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'Expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

    Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.