Devenir courtier immobilier à Genève quand on vient de l’étranger : société, projet de registre cantonal, Lex Koller et commission

par | Mis à jour le 21 Oct 2026

Devenir courtier immobilier à Genève ne demande aujourd’hui ni carte professionnelle ni inscription à un registre : une société inscrite au registre du commerce et un contrat de courtage bien rédigé suffisent pour exercer. Pour un entrepreneur venu de France, d’Italie ou d’ailleurs, cette liberté a deux limites. La première est politique : un projet de loi sur le courtage immobilier, déposé au Grand Conseil en décembre 2025, prévoit un registre cantonal obligatoire, avec un siège ou un domicile en Suisse comme première condition. La seconde est juridique : vos clients étrangers ne peuvent pas tout acheter, et la Lex Koller décide parfois de votre commission avant même la première visite. Ce guide décrit la situation au 21 octobre 2026 et la manière de bâtir une société de courtage qui tiendra si les règles changent.

Un métier libre aujourd’hui à Genève

Le droit fédéral n’impose aucune autorisation au courtier immobilier. Il laisse la porte ouverte aux cantons, puisque l’article 418 du Code des obligations prévoit que « les cantons peuvent soumettre à des prescriptions spéciales les agents de change, les courtiers et les bureaux de placement ». Genève n’a pas encore fait usage de cette faculté : aucune loi cantonale en vigueur n’encadre le courtage de vente ou d’achat d’immeubles.

Le brevet fédéral de courtier en immeubles et les formations de l’USPI ou de l’APGCI restent utiles pour la crédibilité auprès des vendeurs, mais aucun ne conditionne l’inscription de votre société. Un agent immobilier formé en France n’a donc pas à faire reconnaître sa carte professionnelle pour travailler à Genève.

Le Tessin montre qu’un canton peut aller beaucoup plus loin : il soumet déjà le courtage d’immeubles à une autorisation de fiduciaire immobilier, délivrée à une personne physique qui doit justifier d’un titre reconnu et de deux ans de pratique en Suisse. Si votre projet vise aussi Lugano, cette règle s’applique à votre société.

Le projet de loi genevois sur le courtage immobilier

Le projet de loi 13732 sur le courtage immobilier (LCImm) a été déposé au Grand Conseil le 15 décembre 2025, puis renvoyé à la commission du logement en janvier 2026. Il n’est pas en vigueur et peut être modifié ou rejeté. Il mérite pourtant votre attention, car il viserait « toute personne physique ou morale, quel que soit le lieu de son siège ou domicile », qui exerce le courtage sur le territoire cantonal, même à titre accessoire (art. 2 du projet).

Ce que prévoit le projet Conséquence pour un courtier venu de l’étranger Article du projet
Inscription préalable à un registre cantonal public Plus de mandat genevois sans inscription, même depuis Annemasse ou Lyon Art. 5 et 6
Siège ou domicile en Suisse Une société suisse devient indispensable Art. 7 let. a
Assurance responsabilité civile professionnelle et connaissances professionnelles de base Attestation d’assurance et justificatifs de formation à fournir Art. 7
Fonds confiés sur un compte bancaire distinct, restituables même en cas de faillite Compte dédié à ouvrir dès que vous recevez de l’argent pour un client Art. 7 et 13
Interdiction d’être mandaté par les deux parties à une même transaction Fin de la double commission vendeur et acheteur Art. 12 al. 2
Barème indicatif public des commissions, honoraires justifiés sur demande Une commission à défendre face à une référence officielle Art. 9

Source : Grand Conseil de la République et canton de Genève, PL 13732 sur le courtage immobilier (LCImm), déposé le 15 décembre 2025. Projet à l’examen, pas en vigueur au 21 octobre 2026.

Ce texte peut encore changer. Mais une société de courtage qui a déjà son siège à Genève, une assurance professionnelle, un compte séparé pour les fonds de clients et des contrats sans double mandat n’aurait presque rien à modifier s’il était adopté.

S’établir à Genève quand on vient de l’étranger

Un ressortissant de l’Union européenne ou de l’AELE qui vient exercer une activité indépendante en Suisse reçoit un titre de séjour d’au moins cinq ans s’il prouve qu’il s’établit à cette fin (accord sur la libre circulation des personnes, annexe I, art. 12). Pour un ressortissant d’un autre État, l’admission dépend de l’intérêt économique du projet pour le pays, des conditions financières et d’exploitation, et d’une source de revenus suffisante et autonome (art. 19 LEI) : une société de courtage seule convainc rarement l’autorité.

Quelle que soit votre nationalité, la société doit pouvoir être représentée par une personne domiciliée en Suisse : un gérant ou un directeur pour une Sàrl (art. 814 al. 3 CO), un administrateur ou un directeur pour une SA (art. 718 al. 4 CO). Un courtier qui garde son domicile en Haute-Savoie pendant le lancement a donc besoin d’un associé ou d’un administrateur résident.

Votre société de courtage immobilier à Genève

Une structure prête pour les règles de demain

Constitution de la Sàrl ou de la SA et inscription au registre du commerce de Genève, domiciliation, représentant résident si vous vivez encore à l’étranger, comptabilité de vos commissions, TVA et salaires de vos collaborateurs : RISTER® met en place et administre votre société pour que vous puissiez vous consacrer à vos mandats.

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Votre commission : ce que dit le Code des obligations

Le Code des obligations définit le courtage comme le contrat par lequel le courtier est chargé, moyennant un salaire, d’indiquer l’occasion de conclure une convention ou de servir d’intermédiaire dans la négociation (art. 412 al. 1 CO). Le principe qui gouverne votre trésorerie suit immédiatement : « Le courtier a droit à son salaire dès que l’indication qu’il a donnée ou la négociation qu’il a conduite aboutit à la conclusion du contrat » (art. 413 al. 1 CO).

Trois règles complètent ce principe et se plaident régulièrement devant les tribunaux :

  • Vente sous condition : la commission attend que la condition se réalise (art. 413 al. 2 CO).
  • Frais : ils ne vous sont remboursés sans vente que si votre contrat le prévoit (art. 413 al. 3 CO).
  • Loyauté : le courtier qui travaille pour l’autre partie au mépris de ses obligations, ou s’en fait promettre une rémunération contraire à la bonne foi, perd sa commission (art. 415 CO). Pour une vente d’immeuble, le juge peut aussi réduire une commission excessive (art. 417 CO).

Conseil RISTER

Faites signer le mandat avant de communiquer l’adresse du bien, et listez par écrit les acheteurs que vous présentez. Si la vente se conclut plusieurs mois plus tard entre le vendeur et l’un d’eux, c’est cette liste datée qui prouve que l’affaire résulte de votre intervention. L’exclusivité et sa durée n’existent, elles aussi, que si le contrat les prévoit.

Acheteurs étrangers : la Lex Koller avant le mandat

Genève attire une clientèle internationale, et c’est là que les mandats se perdent le plus vite. « L’acquisition d’immeubles par des personnes à l’étranger est subordonnée à une autorisation de l’autorité cantonale compétente » (art. 2 al. 1 LFAIE). Sont notamment des personnes à l’étranger les ressortissants de l’Union européenne ou de l’AELE sans domicile légal et effectif en Suisse, et ceux des autres États qui n’ont pas le droit de s’établir en Suisse (art. 5 LFAIE).

La distinction utile pour vous tient au domicile, pas au passeport. Un cadre français installé à Genève peut acheter son logement principal sans autorisation (art. 2 al. 2 let. b LFAIE). Le même acheteur, s’il vit encore à Paris et cherche un pied-à-terre, entre dans le régime d’autorisation. Les bureaux et les arcades commerciales qui servent d’établissement stable à une activité restent ouverts aux acheteurs étrangers (art. 2 al. 2 let. a LFAIE). Passer par une société immobilière non cotée ne change rien : la loi traite l’achat de ses parts comme celui de l’immeuble (art. 4 LFAIE).

Loi sur le blanchiment : où passe la frontière

Depuis le 1er octobre 2026, la loi sur le blanchiment d’argent s’applique aux conseillers qui, à titre professionnel, participent pour le compte de tiers à des transactions financières, y compris l’organisation de fonds, en lien avec la vente ou l’achat d’un immeuble (art. 2 al. 1 let. c et al. 3bis LBA). Le message du Conseil fédéral précise que « l’agent immobilier qui agit exclusivement en qualité de courtier ne sera pas assujetti ».

Tant que vous présentez des acheteurs et négociez le prix, vous restez hors du champ de la loi. Si vous recevez un acompte sur votre compte, organisez le financement de l’acheteur ou faites transiter le prix, vous devenez conseiller : identification du client et de l’ayant droit économique, documentation, affiliation à un organisme d’autorégulation. Le courtier déjà actif au 1er octobre 2026 qui exerce ces activités doit avoir demandé son affiliation avant le 1er décembre 2026.

Constituer votre société de courtage à Genève

La plupart des courtiers démarrent en Sàrl : 20 000 francs de capital entièrement libéré, une responsabilité limitée à l’actif social et un ou plusieurs gérants inscrits au registre du commerce. La SA, avec 100 000 francs de capital dont 50 000 au moins libérés, convient mieux à une équipe d’associés ou à une société qui vise des mandats institutionnels. Notre guide sur la création d’une société à Genève détaille les étapes, du capital à l’inscription.

Côté fiscalité, vos commissions deviennent imposables à la TVA dès 100 000 francs de chiffre d’affaires annuel (art. 10 al. 2 let. a LTVA), seuil qu’une seule vente d’appartement peut atteindre. Prévoyez aussi la trésorerie : une commission tombe à la signature de l’acte, parfois six mois après le premier contact, alors que le loyer et les salaires se paient chaque mois. Vos clients vendeurs, eux, s’intéresseront à l’impôt sur les bénéfices et gains immobiliers à Genève : savoir les y renvoyer fait partie du service.

Un cas concret : un courtier lyonnais à Genève

Un courtier installé à Lyon depuis quinze ans veut développer sa clientèle genevoise. Il crée une Sàrl à Genève avec un associé domicilié dans le canton, qui en devient le gérant et assure la représentation exigée par le Code des obligations. Il souscrit dès le départ une assurance responsabilité civile professionnelle et ouvre un compte séparé, sans attendre l’issue du projet de loi. Ses contrats de courtage le lient à une seule partie par transaction. Avant d’accepter un mandat de recherche pour un client parisien qui veut un appartement à Champel sans s’installer à Genève, il lui explique que l’achat est soumis à autorisation au titre de la Lex Koller, et le mandat ne se signe pas. Il refuse aussi de faire transiter les acomptes : il reste courtier au sens de la LBA.

FAQ : devenir courtier immobilier à Genève

Faut-il une autorisation pour être courtier immobilier à Genève ?

Non, pas au 21 octobre 2026. Aucune loi genevoise en vigueur ne soumet le courtage immobilier à autorisation ou à inscription. Le projet de loi 13732, à l’examen devant la commission du logement du Grand Conseil, prévoit en revanche un registre cantonal obligatoire.

Que prévoit le projet de loi genevois sur le courtage immobilier ?

Une inscription préalable à un registre public, un siège ou domicile en Suisse, une assurance responsabilité civile professionnelle, un compte séparé pour les fonds confiés, l’interdiction d’être mandaté par les deux parties à une même transaction et un barème indicatif des commissions. Le texte peut encore être modifié ou rejeté.

Un agent immobilier français peut-il exercer à Genève ?

Oui. Sa carte professionnelle française n’est pas exigée. Ressortissant de l’Union européenne, il peut s’établir en Suisse pour une activité indépendante. Sa société suisse doit être représentée par une personne domiciliée en Suisse, et le projet de loi genevois exigerait un siège ou un domicile en Suisse pour être inscrit.

Quand la commission du courtier est-elle due ?

Lorsque l’indication ou la négociation du courtier aboutit à la conclusion de la vente (art. 413 al. 1 CO). Une vente sous condition suspensive reporte la commission à la réalisation de la condition, et les frais ne sont remboursés sans vente que si le contrat le prévoit.

Un acheteur étranger peut-il acquérir un appartement à Genève ?

Oui s’il est domicilié en Suisse et achète sa résidence principale, sans autorisation. S’il vit à l’étranger, l’achat d’un logement est soumis à autorisation au titre de la Lex Koller (art. 2 et 5 LFAIE). Les locaux commerciaux qui servent d’établissement stable restent ouverts aux acheteurs étrangers.

Le courtier immobilier doit-il s’affilier à un organisme d’autorégulation ?

Pas s’il agit seulement comme courtier, selon le message du Conseil fédéral. Il le doit s’il participe pour ses clients aux transactions financières liées à l’achat ou à la vente, par exemple en organisant les fonds (art. 2 al. 3bis LBA, en vigueur depuis le 1er octobre 2026).

Sources

Conclusion

Devenir courtier immobilier à Genève reste possible sans autorisation, mais le projet de registre cantonal dessine déjà les règles de demain : siège en Suisse, assurance professionnelle, fonds de clients séparés, un seul mandant par transaction. Ajoutez la Lex Koller, qui filtre vos acheteurs étrangers, et la frontière de la loi sur le blanchiment, que vous franchissez dès que vous gérez l’argent de la vente. RISTER accompagne les courtiers qui s’installent à Genève, de la constitution de la société à la comptabilité de leurs commissions, sous la conduite d’Andrés Taracido, fort de plus de 25 ans d’expérience fiduciaire.

Andrés Taracido, expert fiduciaire à Genève
Écrit par

Andrés Taracido

Directeur de RISTER®, fiduciaire à Genève. Diplôme fédéral d'expert en finance et investissements, CIWM, STEP/TEP, CAS en fiscalité des PME, membre IAF.

Plus de 25 ans d'expérience dans l'accompagnement d'entrepreneurs, de PME et de structures internationales : création de sociétés, fiscalité, administration et gestion en Suisse.